‹ La vie militaire sous l'ancien Régime (volume 2)Chapitre 152 sur 191 · Audouin , t. lil, p · texte numérisé non relu

Audouin , t. lil, p

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Cherizy, à qui les jeunes gens de la cour trouvèrent à la suite d'un accident de ce «vire, , une bien bonne figure' ,,; il plaisantera devant l'ennemi- il animera le courage des siens par des bons mots, par des réflexions piquantes; sous une grêle de balles, il se retournera et dira, comme Besenvnl : « Mes amis, savez-vous que la place ne serait pas tenable, si on né nous hrait pas des coups de fusil-' >, ; il se battra intrépidement, et quand cessera le carnage, que l'ennemi sera en fuite, il trouvera derrière lui son valet de chambre, qui l'aura suivi et qui lui tendra son manteau, comme a la sortie de l'Opéra1.

Ce joli et brillant officier, s'il dédaigne le danger et méprise la mort, redoute un peu trop la fatigue la mauvaise chère et l'ennui. Il ne se pique pas d'anstenté Spartiate; il lui faut un équipage considérable des domestiques nombreux; il court à la guerre, mais d y ouït en berline, en carrosse, en chaise de poste, en diligence; pendant la guerre de Sept ans, il „e se contente pas de traîner à sa suite des chariots de cuisine et de garde-robes, des cuisiniers et des marmitons; il lui faut du pain de Paris et même de l'eau 'le Paris pour son café. Il ne peut renoncer au bal cl au théâtre; on danse et bon joue la comédie dans 1rs

l. One iflgure bien rentable, lit observer la reine Marie Lecanska. (Duc, de Luynes, Mem., t. V, p. 07.) " Comte dAllonville, Mémoires secrets, l. I, p. 371. a Pingaud, les Français en Russie..., p. ho.

camps1. Le malheur est que le plaisir l'emporte sur le devoir, que les chefs s'amusent au lieu de préparer la victoire et qu'elle leur échappe pour passer du côté d'adversaires moins brillants, mais plus attachés à leur métier. Mais elle ne leur avait pas toujours échappé : les camps de Louis XIV, ceux de Louis XV et du maréchal de Saxe étaient aussi luxueux , aussi gais que ceux de Soubise, et l'on n'y connaissait guère les défaites.

Ce luxe, lorsqu'il ne ruine pas l'État, ces plaisirs, lorsqu'ils ne sont pas excessifs, n'empêchent pas d'ordinaire l'officier de faire son devoir. S'il en est qui passent leur temps dans les villes pendant une campagne, courant les brelans et les mauvais lieux, et revenant, gros et gras, rejoindre leur corps au quartier d'hiver, ce sont là des exceptions, et Ton s'étonne même que de pareils officiers soient reçus tranquillement par leurs camarades2. Le plus souvent, les plus riches se battent aussi bien que les plus pauvres, les nobles que les roturiers. L'atmosphère qu'on respire aux armées développe certaines facultés , en atténue d'autres; elle refoule les sentiments personnels , les sentiments plus estimables de la famille , pour concentrer toutes les pensées sur le devoir militaire. Le mousquetaire Nicolaï, étant au siège de

1. Esprit militaire, t. II, p. 241. — Barbier, Journal, t. VII, p. 175.— Mercier, Tableau de Paris, t. II, p. 234.

2. Réflexions sur les campagnes d'Italie. Recueil Cangé, t. LXV.

Valenciennes , reçoit la nouvelle de la mort de son frère aine. Le roi lui donne la survivance de la charge de premier président et lui commande d'aller consoler son père. Le jeune mousquetaire se récrie : « Dans quelque état que je serve Votre Majesté, elle ne peut pas vouloir que j'y entre déshonoré ! » Il reste, et se distingue dans l'assaut1. L'affection paternelle même s'efface devant le dévouement au drapeau. Schomberg reste impassible en voyant tomber à ses cotés son fds , dont la tête est emportée par un boulet. Chastillon , en apprenant la mort de son fils, s'écrie : « Il est heureux d'être mort en cette occasion pour le service de son roi 2. » Je leur préfère Saint- Hilaire, dont le bras vient d'être brisé par le boulet qui a tué Turenne et disant à son fils qui pleure : « Ce n'est pas moi qu'il faut pleurer, c'est M. de Turenne. » Il se produit, sous l'empire de fortes sensations et de croyances profondes, une surexcitation de l'âme, qui fait les héros comme elle fait les martyrs. Le soldat a foi dans son roi comme le chrétien dans son Dieu; il fera des prodiges de valeur, il risquera cent fois sa vie, pour que son nom soit estimé de ses camarades, pour qu'il soit prononcé devant le roi. Rien ne l'arrête, rien ne l'effraie. « Seul contre tous , » a été une devise de Louis XIV, et il sait qu'elle lui a réussi. Il ne craint rien , il ne désespère de rien. On

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