‹ La vie militaire sous l'ancien Régime (volume 2)Chapitre 154 sur 191 · Lôret, Muze historique, t. II, p · texte numérisé non relu

Lôret, Muze historique, t. II, p

!. Chotard , Travaux de V Académie des sciences morales , t. CXXVI, p. 214.

i Mémoire historique de la vie d'un fantassin, 1711, p. 154, 155.

L'ESPRIl GUERRIER. l2M

désiré de l'eau de Luce, le maréchal d'Estrées lui en

l'ait passer une cassette; le duc de Cumberland, touché de ce présent, donne cent louis cà celui des gens du maréchal qui la lui apporte '.

Les officiers sont généralement bien traités, quand ils sont prisonniers. Il est admis qu'on doit en tirer une rançon, et si l'on a intérêt à les bien garder, il <>st aussi d'une bonne politique de les bien soigner, car leur mort serait la perte de leur rançon. Cependant, pendant la guerre de Trente ans, les Allemands se conduisirent envers les officiers prisonniers avec une brutalité sans exemple : on leur arrachait leurs manteaux, leurs chapeaux à plumes, leurs justaucorps; on les renfermait dans des caves , où ils ne vivaient que des aumônes qu'ils envoyaient demander dans la ville, que du pain et de la bière que de bonnes femmes leur descendaient par les soupiraux. Pontis était du nombre; il ne put sortir de sa cave que lorsqu'il parvint à se procurer 50 écus, qui lui furent prêtés par un imagier de Bretagne et lui permirent de louer une chambre. Puységur est accueilli comme un libérateur, parce qu'il peut avancer 20,000 livres aux soldats et aux officiers. Le baron de Sirot fut plus heureux que Pontis; tout en étant gardé avec exactitude, il fut bien traité; laissé prisonnier sur parole, il eut toute « liberté d'aller se divertir » avec

i. Rousset, Le Comte de disais, y. 215.

les officiers impériaux et de vivre avec eux jusque dans la chambre de leur chef, le comte de Mercy. Pendant ce temps, plusieurs de ses compagnons avaient été autorisés à rentrer chez eux pour se procurer les fonds nécessaires pour leur rançon. Sirot faisait faire démarches sur démarches pour que le cardinal de Mazarin lui accordât un billet de 20,000 livres, moyennant la remise duquel il obtint sa liberté *. A la fin du règne de Louis XIV, les procédés entre

1. Mém. de Pontis, t. II, p. 393. — Puységur, Mém., II, 544, 549. — Baron de Sirot, Mém., t. II, p. 71 et s.

Un traité entre la France et les États généraux pour échange et rançon de prisonniers de guerre, du 31 mai 1675, fixe ainsi les rançons :

Maréchal de France 50,000 liv.

Lieutenant général 20,000

Maréchaux de camp 4,000

Intendant des armées (Député des étals) 5,000

Aides de camp 300

Commissaires des guerres 100

Canonniers, mineurs, soldats... 7 io s.

Capitaines des gardes du corps 2,000

Lieutenant et enseigne des gardes 1 ,000

Colonel des gardes françaises 3,000

Capitaine 300

Colonel d'infanterie 400

Colonel général des dragons 3,500

Colonel d'un régiment de dragons 250

Capitaine ou major ici, 250

Maréchal des logis 55

Cravatte et dragon 18

Volontaire , sans charge militaire 2,000

Officiers réformés, le 1/4 de leur charge. Les soldats recevront 3 sous par jour et le pain. Défense de part et d'autre d'ôter les habits aux

L'ESPRIT C.UERKIEK. 265

les belligérants sont empreints d'une plus grande courtoisie. Des officiers, pris les armes à la main, sont renvoyés sans qu'ils aient encore payé leur rançon ' ; on a confiance dans leur parole de gentilhomme et d'officier. Les circonstances des captures sont tout à fait différentes, et l'on a souvent d'heureuses rencontres. Ainsi La Trousse, l'ami de Mmfl de Sévigné , tombe entre les mains d'un officier espagnol, avec lequel il a été en relations d'amitié2. Voici un autre trait, que je reproduis avec plus de détails, parce qu'il fait connaître les mœurs militaires du temps et que je le crois inédit. Dans la campagne de 1674, un gentilhomme de l'arrière-ban de Bourgogne, M. de Tcnissey, est fait prisonnier par des coureurs ennemis. « Ils eurent assez de respect pour ne pas le fouiller, mais ils l'obligèrent à leur donner même sa bourse , et le conduisirent en une petite ville qui appartenait au prince de la Petite-Pierre. Ce seigneur s'y rencontra ce jour-là, heureusement pour M. de Tenissey. Il avait à sa suite un homme qui avait servi dans les troupes de France; ce soldat servit admirablement M. de Tenissey. Il lui fit connaître les plus apparents de ses

prisonniers. Los prix restèrent à peu pics les mêmes au XVIIIe siècle, en 1742 et 1743. Recueil Cangé, t. XXXII et LUI. Certaines rançons pouvaient être taxées plus haut, ftfazarih se lit attribuer en 1643, par un brevet, le montant de la rançon de Jeannelin Doria, Génois, fait prisonnier, (lbid., t. XVI.)

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