‹ La vie militaire sous l'ancien Régime (volume 2)Chapitre 158 sur 191 · Gtt'lli»'. Mémoires, t. J, livre III · texte numérisé non relu

Gtt'lli»'. Mémoires, t. J, livre III

magistrats de Cologne, et dans les terres circonvoisines le commandement des troupes françaises, le marquis de Rochegude a su par son admirable sagacité dans l'art de la guerre garder notre pays avec peu de monde, de sorte que coulant des jours sereins et tranquilles pendant que la guerre désolait nos voisins, nous avons eu la satisfaction de voir notre navigation se rétablir et le commerce presque éteint reprendre vigueur. Réglant les dépenses de la guerre sur nos facultés, captivant les cœurs des grands et des petits par son affabilité, sa candeur, son aménité et son noble désintéressement (qualités qui lui sont personnelles)- nous avons trouvé non seulement en lui un commandant, mais, nous devons le dire à la gloire de l'humanité, il s'est montré Tarai du genre humain, en un mot, aimable et admirable philanthrope1. Pour reconnaître en quelque sorte tant et do si grands bienfaits, nous avons cru qu'il était juste d'inscrire parmi nos concitoyens le ci-dessus M. le marquis, imitant en cela nos ancêtres, qui, dans les années 1263 et 1330, se sont associé les Guillaume, comte de Juliers, et Guillaume, comte de Trenze2. »

1. Philanthropum admirandum et amandum, dit le texte latin, en regard de la traduction française officielle que nous reproduisons.

2. Journal de tout ce qui s'est passé dans le régiment des gardes françaises depuis sa création en 1563... t. I, p. 565. Archives nationales, K K. 538. — Ce journal manuscrit renferme surtout des listes d'officiers, avec la date de leur réception, et un historique généralement assez sommaire.

Les haines nationales existent à peine, surtout dans les classes supérieures. Elles s'avivent quelque peu, après la guerre de Sept ans, à la suite des succès des Anglais et des Prussiens; mais auparavant le Français n'avait aucun sentiment malveillant à l'égard de ceux qu'il avait l'habitude de vaincre; il estimait les Espagnols et les Impériaux comme de loyaux adversaires; il leur savait même quelque gré de lui avoir procuré des occasions de gloire. Il ne saurait détester les Allemands, puisqu'il a toujours compté parmi eux de bons et de solides alliés. La grande politique de ses rois a toujours été d'entretenir la division dans la masse germanique, afin d'en empêcher la cohésion, dangereuse pour la liberté de l'Europe et la puissance de la France. L'influence littéraire de la France est admise en Allemagne au XVIIIe siècle, comme on admet en France celle de l'Espagne, au temps de Corneille, celle de l'Angleterre, à l'époque de Voltaire. Les défaites qu'on a pu subir ont froissé Famour-propre , ont infligé quelques pertes

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matérielles; elles n'ont pas touché les fibres les plus profondes de la nation, elles ne lui ont pas fait éprouver le sentiment d'une humiliation contre laquelle il lui semble nécessaire de réagir.

Le sentiment patriotique existait pourtant; il existait depuis la guerre de Cent ans , vivace et profond ; mais il revêtait, surtout dans l'armée, la forme de l'attachement au drapeau, de la fidélité au roi; la noblesse surtout a conservé la vieille tradition du moyen âge, où l'on était le vassal d'un suzerain plutôt que le sujet d'un État ; on est encore le sujet d'un prince, dans lequel s'incarne l'idée de la patrie. Cette idée se précise â mesure que la féodalité disparait. Le moyen âge nous présente dans l'Europe occidentale l'image d'une grande république chrétienne, où la multiplicité des petits pouvoirs engendre un équilibre qu'on demande aujourd'hui au contrepoids des grandes puissances. Jusqu'au XIV0 siècle, il n'y a pas de guerres nationales, il n'y a que des guerres privées; et encore la guerre de Cent ans, les guerres d'Italie n'ont pour prétexte que des revendications d'héritages. Au temps des croisades, le même sentiment religieux faisait battre tous les cœurs , et l'on vit marcher côte à côte en Terre Sainte les chefs des trois grandes nations qui devaient se disputer la suprématie dans le monde, Frédéric Barberousse, Philippe- Auguste, Richard Cœur de Lion. Les relations commerciales, intellectuelles, artistiques sont

nombreuses entre les peuples de langue et d'origine diverse , mais animés d'une même foi et régies par des institutions analogues. De même qu'il existe entre les artisans, qui font leur tour d'Europe ou de France, des rapports de confraternité et de compagnonnage, les nobles se reconnaissent entre eux comme étant du même rang et de la même race. Au milieu de la division infinie des pouvoirs civils et militaires , se dégage une unité puissante, dans la conformité de la foi , des institutions , des principes et des idées.

Il reste encore quelque chose de ces sentiments dans l'ardeur qui porte, au XVIIe siècle, quelques jeunes seigneurs à courir au loin pour combattre les Turcs. Impatients de faire leur apprentissage militaire , il vont offrir leur épée à qui voudra l'accepter. Sont-ils bien sincères dans leur désir de combattre les ennemis séculaires de l'Europe chrétienne ? Il est quelquefois permis d'en douter. Bassompierre part avec l'intention de guerroyer contre eux; mais il se laisse arrêter en route par le duc de Ferrare , qui est en lutte contre le pape , et il prend part à une expédition contre le pape ; il est vrai qu'ensuite il s'achemine vers la Hongrie, avec le meilleur équipage possible, pour se mesurer avec les infidèles1. Plus attaché au but qu'il s'était proposé , Jean de Coligny vint renforcer

. Bassompierre, Mêm., t. I, |>. 49, 91.

l'armée hongroise de 6,000 volontaires français, parmi lesquels se trouvaient quelques-uns des plus brillants seigneurs de la cour, et prit une part glorieuse à la bataille de Saint-Gothard1. Cette brillante campagne, avec l'expédition de Candie en 1669, peut être considérée comme une des dernières manifestations de l'esprit qui avait suscité les croisades.

D'ordinaire, ce n'est pas la conviction religieuse, ni le désir de se dévouer à une cause généreuse qui entraînent le jeune gentilhomme. C'est l'humeur guerrière , le désir de se soustraire à l'oisiveté de la paix ; c'est souvent l'honorable ambition de se préparer au métier militaire par l'école pratique de la guerre. De grands capitaines ont ainsi débuté dans la carrière ; Villars a servi dans l'armée d'Autriche et fait campagne contre les Turcs; d'un autre côté, Marlborough a fait ses premières armes sous les ordres de Turenne et de Condé. Van der Meulen a dessiné son portrait, lorsqu'il servait en qualité d'enseigne dans le régiment des gardes françaises2.

D'autres sont animés d'intentions moins nobles; ils se mettent au service d'un prince étranger, pour y trouver des avantages matériels, que le service de leur roi ne leur offrirait pas au même degré. L'opinion, ni même les lois, clans certains cas, ne réprouvent le

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