‹ La vie militaire sous l'ancien Régime (volume 2)Chapitre 169 sur 191 · Comte de Besenval, Mémoires, p · texte numérisé non relu

Comte de Besenval, Mémoires, p

la Salle, lieutenant-colonel et chevalier de Saint- Louis *.

Bientôt on fit miroiter aux yeux des soldats et des bas officiers les grands mots de liberté et d'égalité, qui à cette époque exaltaient toutes les tètes. Partout, les soldats sont circonvenus, endoctrinés, poussés à l'indiscipline et à la révolte. Dans de petites villes, comme Sarreguemines, les bourgeois donnent des conseils et distribuent des brochures incendiaires pour soulever les soldats contre leurs officiers. Le procureur de la commune, raconte un colonel, a poussé l'indécence jusqu'à entrer, sur la place, dans un cercle de cinquante à soixante chasseurs et de leur dire : « Tous les hommes sont égaux et ne reconnaissent plus de supérieurs. En dix ans de temps, j'aurai culbuté tous les officiers, et je serai colonel2 ». Le discours du constituant Anthoine, qui demande aux Jacobins le licenciement de tous les officiers, est répandu partout et sème des ferments de révolte et d'indiscipline 3.

Ces conseils ne restent pas sans effet. Un officier d'artillerie, en garnison à Ajaccio, est stupéfait un matin de voir presque tous ses canonniers, bras dessus bras dessous avec des Corses, portant tous la cocarde nationale, et criant : Evviva la nazione! De pareilles

1. Procès-verbal des séances de l'assemblée des électeurs de Paris, t. I, p. 355.

2. Lettres du 8 août et du 19 mai 1790. Arch. de l'Aube, E. 921 et 917.

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