Recherches sur la force de l'année, 180G, p. 11G
->m CHAPITRE XVIII.
effervescences sont les symptômes sans gravité d'un mouvement d'opinion dont les manifestations sont trop souvent tragiques. Des officiers, abandonnés par leurs soldats, sont massacrés par la populace, comme Belzunce à Caen,, le général de Voisins à Marseille '. Dans l'est, en 1790, l'insubordination et la révolte gagnent un grand nombre de régiments. Le régiment d'Aquitaine ne connaît plus ni ordres ni officiers; ses soldats font un tapage inouï dans les villes où ils passent , criant sans cesse : Vive la nation ! A Strasbourg, les régiments exigent les comptes depuis dix ans , et se font remettre par les officiers des sommes d'argent que ceux-ci ne peuvent refuser. A Bitche, à Phalsbourg, ils agissent de même. Ils prennent des drapeaux aux couleurs de la nation ; ils établissent un conseil pour juger les officiers. A Metz, ils font garder tous leurs cbefs par des sentinelles , ainsi que les portes de la ville par des piquets. Un major veut résister: il tire l'épée; il est obligé de s'enfuir. Là aussi, les soldats s'emparent de la caisse du régiment, qui contient de 20 à 30,000 liv., et se les partagent entre eux. Le régiment de Salm-Salm pille les magasins, et vend sur la place le drap qu'ils contiennent à 3 liv. l'aune. Plusieurs cbefs s'enfuient : dragons, ebasseurs sont les maîtres de la ville, buvant jour et nuit, entrant dans les boutiques, pillant et buvant
1. Souvenirs d'un officier royaliste, par le coin le de R. (Romain, t. Il, liv. VI et VII.
sans payer. Les bourgeois de Metz sont au désespoir. A Sarreguemines , le régiment de la Reine s'empare de .")(), 000 fr., enfonce les portes de son quartier en déclarant qu'il ne sera pas renfermé, arrache de prison des cavaliers insubordonnés, met le pistolet sur la gorge de quelques chefs. On n'a d'autre ressource que d'envoyer en congé un grand nombre d'officiers l. Des faits analogues ont été signalés dans toute la France2; mais pour être complet, il faut montrer, à côté des régiments soulevés, les régiments restés fidèles et disciplinés. C'est avec des troupes de ce genre que Bouille vient réduire celles qui se sont révoltées à Nancy. Le régiment commandé par le prince Guillaume de Deux-Ponts est un des meilleurs; il résiste aux exemples, aux conseils, aux séductions du reste de la garnison de Metz. Bouille en est si satisfait, qu'il lui fait accorder 6,000 liv. de gratification, « qui ont été bus, écrit le colonel, avec la décence et la tranquillité la plus parfaite. » On mentionne aussi avec éloges dans la même région la conduite et la tenue des chasseurs de Flandres, des chasseurs de Champagne3, de Beauvoisis, de Deux-Ponts, do Cnstella et d'Artois. Royal-Liégeois et Lauzun, excités
i. Lettres des î juillet, 8 août, :> octobre 1 7oo. Arch.de L'Aube, E. 921.