Ilippeau, le Gouvernement de Normandie, t. IX, p
In moyen certain d'obtenir une sous-lieutenance ou une compagnie , c'était aussi d'entrer dans les pages du roi ou de quelque grand seigneur1. En assurant ainsi à ses enfants un puissant patronage , on leur procurait une éducation sans doute plus brillante que solide , mais qui avait l'avantage de développer chez eux les qualités extérieures indispensables à l'officier. « Les pages, disait La Noue au seizième siècle , voient beaucoup de belles choses , apprennent à s'habiller proprement , à parler selon la qualité des personnes et composer leurs gestes; ma is ils se rendent dissolus en paroles, incontinens aux effets, jureurs de Dieu, et surtout moqueurs et injurieux; pour le fin très experts à mentir et à faire mille tromperies2. » On disait, en effet, men-
1. Mazarin avait 24 pages; le chaneelier Séguier en avait aussi. (G. de Carné, les Pages des écuries fin roi, p. 44.)
2. La Noue, Commentaires. — Salomon de la Broue recommande aussi aux écuyers de faire éviter aux pages « blasphèmes, mensonges, jeux de hasard, ivrognerie cl paillardise; » il doit leur enseigner les exercices qui fortifient le corps et le courage et conviennent à cette Jeunesse. {Le Cavalerice franeois, 4e éd.,. 1646, p. 19, 20, 23.)
teur, effronté comme un page, et le dicton n'était pas toujours faux.
Quelques princes s'efforçaient de faire régner parmi les pages une certaine discipline et de leur inspirer des principes de morale et de religion. Tel était le prince de Gonti, qui tenait à ce qu'ils ne fussent pas moins attentifs aux leçons des maîtres de mathématiques qu'il leur donnait qu'aux instructions de l'aumônier. D'autres grands seigneurs, tels que le gouverneur de Paris, le duc de Gêvres, faisaient aussi donner une éducation militaire à leurs pages, et ceux-ci, après être restés cinq à six ans chez lui, où ils étaient défrayés de tout, entraient comme lieutenants dans l'armée *.
Heureux le jeune gentilhomme qui était admis parmi les pages de la grande écurie du roi ! Il y trouvait une large installation : grande salle d'exercices, vaste salle à manger renfermant deux billards, petites chambres peintes en jaune vernissé , salle d'étude, jolie chapelle et bibliothèque. La table, presque somptueuse, était servie en vaisselle plate ; pour les cinquante pages de la grande écurie2, on dépensait 80,000 livres par an. A la petite écurie, le menu quotidien du dîner comportait deux potages