‹ La vie militaire sous l'ancien Régime (volume 2)Chapitre 23 sur 191 · G. de Carné, p. 178, 91, 92, 9i · texte numérisé non relu

G. de Carné, p. 178, 91, 92, 9i

Louis XIV avait voulu faire régner Tordre parmi les pages de son écurie, comme dans le reste de son royaume. Il défendit d'y recevoir, comme par le passé, des « personnes de toute condition; » il exigea des preuves de noblesse et voulut choisir lui-même parmi les candidats ; il tint aussi à leur faire donner une excellente éducation, afin de « les rendre plus affectionnés à son service que le commun de ses sujets1. » Malheureusement, si les programmes étaient brillants, les résultats n'y répondaient pas. Les professeurs étaient nombreux , mais les élèves distraits et dissipés. Ils n'écoutaient pas plus les leçons des maîtres de mathématiques que les sermons des capucins chargés de la direction de leurs consciences. « Quelles consciences! » s'écrie un ancien page. Un ancien gouverneur des pages disait même qu'il ne concevait pas comment un père qui avait été dans les pages pouvait y mettre son fils. Ils échappent en effet à toute discipline ; le matin ils descendent les escaliers en chemise et sans bas; il est impossible de les faire aller régulièrement aux offices ; au dehors, ils font cent tours de leur métier, décrochant les lanternes, insultant les bourgeois, rossant les marchands, apostrophant les femmes. On a beau les mettre en prison, au pain et à l'eau, les faire enfermer à Saint-Lazare; rien n'est sacré pour eux :

Page 1