‹ La vie militaire sous l'ancien Régime (volume 2)Chapitre 24 sur 191 · Mém. de Louis XIV, éd. Dreiss, t. I, p · texte numérisé non relu

Mém. de Louis XIV, éd. Dreiss, t. I, p

ils chassent dans les parcs réservés du roi; ils s'amusent à vider les bassins des parterres ; ils sont la terreur des gardes; pour un rien, ils mettent flamberge au vent; un beau jour, ils se mesurent presque en bataille rangée avec les pages des princes. Effervescence passagère sans doute. Un de leurs gouverneurs disait « qu'il y aurait les plus grands inconvénients à juger les jeunes gens, pendant le cours de leur vie, par ce qu'ils étaient, étant pages. » Ce qui est certain, c'est qu'ils ne se soucient guère des mathématiques, de l'histoire, de la géographie, et surtout de l'orthographe ' , qu'on leur enseigne ; ils n'ont d'application que pour les exercices militaires, la danse, l'escrime et l'équitation.

L'équitation, nous la retrouvons toujours au premier rang. Il y avait trois mille chevaux aux écuries du roi, avant les réformes de Louis XVI, et les deux cent quarante chevaux qui servaient au manège étaient de la plus grande beauté. Le grand écuyer , le prince de Lambesc, était à cheval, même en hiver, à cinq heures du matin, et il fallait bien que les pages profitassent des leçons qu'il leur donnait.

Quoiqu'il y eût à Versailles, au commencement du règne de Louis XVI, cent cinquante-huit pages du roi et des princes , sans compter ceux des princes du

1. Un page écrit en 1748 : « Vous inavais sovais mon oneur qui mes cher. » (G. de Carné, p. 159.) Sur les exercices journaliers et les actes d'indiscipline, voir le même ouvrage, p. 148, 165, 167, etc.

sang qui résidaient à Paris1, un nombre assez restreint de privilégiés pouvait être admis parmi eux. Il ne fallait pas seulement justifier de deux cents ans de noblesse , il fallait être « bien droit sur ses jambes » et « de belle figure. » Pour être reçu à la grande écurie, on devait payer un droit d'entrée de l,200liv., une pension de 600 liv., des frais de bienvenue et des gratifications2. L'éducation qu'on y recevait se ressentait de l'atmosphère légère, factice et peu saine de la cour. Comme dans les compagnies de cadets, comme dans les académies, elle favorisait les exercices du corps au détriment des études intellectuelles ; elle faisait de ses adeptes, lorsqu'ils sortaient de pages, de charmants a petits fripons3 », des courtisans désinvoltes et déliés, des raffinés, qui avaient déjà mis en pratique les leçons d'escrime qu'ils avaient reçues4, des hommes du monde agréables. Leur donnait-elle toutes les qualités qui convenaient à un bon officier, et qu'on devait demander à partir de 1751 aux écoles militaires ?

1. Ctud'Hésecques, Souvenirs d'un page de la cour de Louis XVI, p. 111 à 127.

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