Comte de Tilly, Mémoires, éd. Barrière, p
Depuis longtemps, on réclamait des écoles militaires. Le brave La Noue en demandait à la fin du seizième siècle. Il voulait faire venir des maîtres d'Italie « pour apprendre à estre bien à cheval, à jouer des armes et à voltiger ». On a vu que ses vœux avaient été exaucés par la création des académies. Henri IV et Richelieu les avaient favorisées; Henri IV en avait établi une à sa cour l; Richelieu, non content de fonder des bourses pour vingt gentilshommes à l'académie de la rue du Temple, avait édicté un règlement pour l'instruction qui devait y être donnée à la jeune noblesse ; « les armes et les lettres, disait-il, étant germaines et inséparables, et toutes deux requises à l'establissement et confirmation des grands empires2. » Mazarin voulut aussi faire instruire « gratuitement aux exercices de corps et d'esprit convenables à la noblesse » un certain nombre
1. Poirson, Jlist. de Henri IV, t. III, p. 630, 631, d'après la Décade historique de Legrain.
2. Règlement de 1636, Anciennes lois françaises, t. XVI, p. 467.
de jeunes gentilshommes, en faveur desquels il fondait le « collège et académie» des Quatre Nations1. Mais ces essais trop restreints n'avaient été ni efficaces ni durables. Il était réservé à Louis XV de fonder une école militaire, et, en l'installant dans un noble édifice2, de la donner pour pendant à l'hôtel des Invalides, créé par Louis XIV.
L'édifice, construit par Gabriel, avait grande apparence. L'escalier d'honneur était décoré des statues du grand Condé , de Turenne , des maréchaux de Luxembourg et de Saxe. La chapelle était entourée de tableaux représentant des scènes édifiantes de la vie de saint Louis. Un portrait de Louis XV et des scènes guerrières de son règne garnissaient la salle du conseil. Tout respirait dans ce monument la grandeur royale et l'idée patriotique. Les logements des élèves et des professeurs, les réfectoires, la bibliothèque étaient installés dans des pavillons adjacents au corps de logis principal, dont la belle façade d'ordre corinthien s'étendait à l'extrémité du plus beau terrain d'exercices qu'on pût imaginer, le Champ de Mars.
Des intentions de magnificence et de bienfaisance avaient présidé à l'institution de l'École militaire, non moins que des intentions politiques. Elle était