Ane. lois françaises, t. XVII, p
2. En 1756, la dépense d'acquisition de terrains et de constructions pour l'école s'élevait à 2,355,799 1. (Arch. nationales, MM. 661.)
destinée à recevoir cinq cents jeunes gentilshommes « nés sans biens, » de préférence fils ou orphelins d'officiers. La noblesse en effet avait vu. depuis deux siècles, diminuer sa fortune en même temps que son autorité. La royauté l'avait peu à peu dépouillée de ses pouvoirs locaux, et les usages comme les préjune lui permettaient guère d'autre profession que celle des armes. Il était donc naturel que l'État, qui croyait pouvoir compter sur le zèle et le dévouement de sa noblesse, la considérât comme un contrepoids utile à l'influence croissante de la bourgeoisie, et à ce titre", ne voulant pas l'anéantir, la mît à même d'entrer dans une carrière que ses traditions comme ses privilèges lui faisaient un devoir de choisir. Mais la noblesse était souvent pauvre; les jeunes gentilshommes fréquentaient en petit nombre les collèges des villes, que les fils des bourgeois remplissaient en grande majorité. L'éducation qui leur était donnée dans leurs villages n'était pas toujours beaucoup plus relevée que celle des petits paysans1. Il importait de la mettre au niveau des progrès de l'instruction, qui se répandait de toutes parts. « Il faut, disait le roi, en instituant l'École militaire, que l'ancien préjugé qui a fait croire que la valeur seule fait l'homme de guerre cède insensiblement au goût des études
1. Barbier, Journal, t. V,p. 1 j. 15. — Abbé Coyer, Développement du système de la noblesse commerçante, l. H, j>. 107. — Le Village sous l'ancien régime, 3e éd., p. 183.
militaires que nous aurons introduit ; et que l'éducation qui sera donnée aux cinq cents gentilshommes que nous adoptons serve de modèle aux pères qui sont en état de la procurer à leurs enfants1. »
Les nobles de village étaient parfois si pauvres que non seulement ils ne pouvaient faire donner aucune éducation à leurs enfants, mais qu'ils étaient dans l'impossibilité de les faire entrer dans l'armée. Ils ne se distinguaient des manants au milieu desquels ils vivaient que par le droit de porter l'épée. « L'oisiveté et l'indigence, écrivait en 1727 l'auteur d'un mémoire militaire, réduisent une infinité de gentilshommes à des états indignes de la noblesse, et rien n'est plus ordinaire que d'en voir plusieurs , surtout dans les provinces éloignées de la capitale, confondus avec les paysans, boire et jouer ensemble, et pousser la lâcheté jusqu'à devenir les parasites des plus aisés de ces manants ; ce qu'il y a de triste, c'est que ces pauvres nobles ne laissent pas que de se marier et souvent d'avoir beaucoup d'enfants, qui, plus misérables que leurs pères, s'avilissent encore davantage en prenant les bas emplois des fermes et des gabelles, même ceux de sergents à verge et de gardes de nuit sur les ports et havres2. » Pour re-
1, Édit de janvier 1751. Recueil d'Édils, Déclarations, Arrêts du Conseil... concernant l'hôtel de l'École royale militaire, Paris, 1762, p. 5.