Arch. nationales, MM. 661 à GG
52 CHAPITRE Vf.
honte ou du ridicule. Les maîtres adjoints leur infligeaient des arrêts debout ou à genoux. Les capitaines les condamnaient au pain et à l'abondance, à genoux, au bout ou en dehors de la table ; en cas de désobéissance, ils les envoyaient en prison. Les punitions étaient graduées selon les classes. Les meilleurs élèves faisaient partie d'une classe supérieure et portaient l'épaulette d'argent ; ils ne pouvaient être punis que des arrêts et de la prison. Les bons élèves, dont Fépaulette était de soie ponceau et argent , pouvaient être mis à genoux et à la cage, comme les médiocres, qui n'avaient que Fépaulette de laine rouge et qu'on pouvait revêtir en outre de Fhabit de bure. L'habit de bure , suprême humiliation , était le costume permanent des élèves d'une classe , qualifiée de « classe honteuse », à laquelle était réservé le châtiment redouté du cachot noir.
La cage était une punition singulière. Placée dans la classe, on y enfermait , comme des bêtes curieuses, les élèves qu'on exposait ainsi à la vue de leurs condisciples 1 . Quelquefois ils interrompaient leurs professeurs « par des cris , des sanglots affectés , des discours de tout genre ; » pour les réduire au silence , il fallait les menacer de la prison et du cachot noir. Le cachot noir impliquait un châtiment
1. Une décision du 10 novembre 1763 fait remettre les cages dans les classes et les divisions pour tenir le bon ordre parmi les élèves. (Archives nationales, MM. 661.)
manuel. « Un capitaine des portes, disait le règlement, doit se tenir à portée du lieu où s'inflige la punition, pour tenir la main à ce que l'élève s'y soumette avec obéissance et que le correcteur ne le punisse avec humeur ou dureté. » Le cachot noir inspirait une telle appréhension qu'un élève se donna eni 1762 un coup de canif dans le corps par crainte d'y être enfermé '.
L'élève incorrigible ou trop vicieux était renvoyé; mais cette décision, si grave pour son avenir, ne pouvait être prise que de l'assentiment du roi. Sur la liste qui lui était soumise par le conseil d'administration , le roi mettait en regard de chaque nom : Bon à garder, renvoyé ou à surseoir. Ainsi l'on renvoie un élève qui a le cœur et l'esprit complètement gâtés . un autre qualifié de « poltron et d'imbécile , » un autre de « violent et de furieux; » mais on surseoit pour une « espèce de fou, » et l'on est d'avis de garder un enfant âgé de neuf ans, « d'une vivacité et d'une pétulance que rien ne peut arrêter, mais qu'on espère cependant réduire2. »
Beaucoup avaient les instincts turbulents des écoliers dont ils avaient l'Age. Mettre des cailloux dans les serrures était pour eux un délassement. On leur défendait d'acheter des échaudés et du pain d'épice.
i. Archives nationales, MM. 661. — Cilons, comme un fait exceptionnel, qu'un élève convaincu de vol fut embarqué pour la Désirade. 2. Archives nationales, MM. 661.
Que faisaient-ils? Profitant peu desleçons de propreté qu'ils recevaient au réfectoire , ils se livraient à un commerce d'échange « par des trous pratiqués dans les cours pour l'écoulement des urines. » Ils y faisaient passer du pain ou du papier ; on leur renvoyait des fruits ou d'autres friandises en retour. L'administration de l'école fut obligée de faire griller ces trous1. Sous certains rapports , la discipline était assez rigoureuse. Les élèves ne sortaient pas avant le mois de janvier. Les lettres qu'ils écrivaient à leurs parents étaient lues par l'intendant , « le conseil d'administration pouvant en tirer des connaissances particulières et utiles relativement au caractère et aux dispositions des élèves. » On ne s'en tint pas là. Il fut interdit de se livrer à ces correspondances en dehors des dimanches et des fêtes, après vêpres. Deux sous-professeurs , chargés d'y veiller dans les salles d'étude , donnaient des instructions « sur les formes dont ces lettres devaient être écrites, tant pour le style que pour le protocole. » Mais le nombre des élèves ayant augmenté , il fut décidé que chacun d'eux ne pourrait écrire qu'une seule lettre par mois à ses parents. Elle était alors remise au professeur ou adjoint de langue latine de leur classe, qui les examinait dans ses moments de loisir, et corrigeait les fautes qui pouvaient s'y trouver « contre la construction des