‹ La vie militaire sous l'ancien Régime (volume 2)Chapitre 38 sur 191 · Sorèze, Thon, Rebais, Beaumonl, Ponllevoy et Auxerre · texte numérisé non relu

Sorèze, Thon, Rebais, Beaumonl, Ponllevoy et Auxerre

i Programme de 1770. DeMonlzey, i>. 219, 220.

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tin, le développement des forces physiques, étaient poursuivies de la manière la plus large et la plus surprenante dans le grand collège des bénédictins de Sorèze. « Il faut surtout rendre les enfants vertueux et instruits, disait Dom Ferlus, mais aussi les rendre forts, agiles, bien tournés; c'est l'ouvrage de la gymnastique. » Et on ne se contente pas de leur apprendre la gymnastique proprement dite , l'escrime et la danse; on leur donne, deux fois par jour, l'été, des leçons de natation; on leur fait faire des courses militaires, le sac sur le dos, le fusil sur l'épaule ; et ils s'en vont ainsi , à cinq ou six lieues , dans les villes voisines, « y donnant des fêtes et prenant une idée des manufactures et de l'urbanité qu'ils trouvent dans leurs hôtes l. »

Notez qu'il s'agit d'écoles préparatoires à la vie militaire, d'écoles spéciales parfaitement adaptées à leur but. Les autres collèges disposent aux carrières civiles et religieuses ; ceux-ci sont destinés à former des officiers. Et cependant quel scandale chez les partisans des anciens systèmes, partout battus en brèche par l'esprit nouveau! L'instruction, depuis longtemps religieuse et latine, devient au dix-huitième siècle, laïque et française, militaire même dans son esprit. Il se forme des pensions sur le modèle des écoles militaires reconnues par le roi. « Elles

1. A. Sicard, les Études classiques avant la révolution, p. 478,

se multiplient, s'écrie l'abbé Proyart, clans les provinces comme dans la capitale. Tout cède à cette nouvelle manie qui dénature tout dans l'enseignement : grand nombre de nos collèges, devenus les émules de ces bruyants lycées, ressemblent moins à des maisons paisibles qu'cà des citadelles et à des places de guerre... Le jeune âge affecte la rudesse des manières et le ton libre des guerriers. C'est une des grandes jouissances de la bourgeoisie parisienne que de se rendre le dimanche dans la pension de son fils pour le contempler en uniforme, exécutant avec ses jeunes camarades des évolutions militaires et des combats simulés. »

Le même auteur constate l'engouement qu'excitent les collèges militaires, où le tambour donne le signal du réveil et de tous les exercices de la journée. « Ce genre d'éducation, dit-on, fait pour exalter le penchant de l'enfance à la dissipation, ne déplaît pas à <lc frivoles parents. Le roturier trouve qu'elle donne à son fils un vernis de noblesse qui flatte sa vanité {. » C'esl que pour la première fois l'État n'a pas réservé aux seuls gentilshommes l'éducation militaire, qu'il encourage. En fondant douze écoles militaires dans diverses maisons religieuses, le roi, non seulement voulait améliorer et simplifier l'éducation, mais en Paire partager les avantages à toute la noblesse, ainsi

i. Abbé Proyart. louis XVI détrôné avant d'être roi, p. 220, 227.

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qu'à ses autres sujets *. » Il y admettait des pensionnaires de toutes les classes, « afin, disait-il, d'étouffer l'orgueil que la jeune noblesse est trop disposée à confondre avec l'élévation, et d'apprendre à considérer sous un point de vue juste tous les ordres de la société 2.» Ces maximes, inspirées par des principes nouveaux, ne pouvaient être entamées sérieusement par la malencontreuse déclaration du maréchal de Ségur, en 1781 , qui s'avisa de réserver exclusivement aux gentilshommes les places de sous-lieutenants. La poussée de la bourgeoisie était trop forte pour qu'on pût y résister, surtout au moyen d'ordonnances surannées. En 1787, il y avait dans les -collèges militaires, outre 603 élèves du roi, 989 pensionnaires gentilshommes et 799 roturiers 3. Ceuxci seraient-ils restés dans ces collèges s'ils n'avaient pu devenir officiers dans l'armée?

L'éducation qu'on y recevait n'était sans doute pas la même dans tous. Un inspecteur, qui les visita en 1787, les qualifie d'excellents, de bons, de médiocres, de faibles. Pont-à-Mousson , pour lui , est le

1. Régi, du 28 mars 1776. Ane. lois françaises, t. XXIII, p. 505.

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