‹ La vie militaire sous l'ancien Régime (volume 2)Chapitre 41 sur 191 · Iung, Bonaparte et son temps, t. I, p · texte numérisé non relu

Iung, Bonaparte et son temps, t. I, p

2. E. Allain, la Question d'enseignement en 1789 d'après les cahiers, p. 217 à 244.

Révolution entra dans sa période aiguë. Le conventionnel Lakanal, qui pourtant en demandait d'abord le maintien, tout en faisant voter la vente de leurs biens, les qualifiait de monuments les plus odieux élevés au despotisme et à la vanité ; mais, le 9 septembre 1793, le même sectaire en fit voter la suppression, demandant seulement le maintien provisoire de l'école militaire d'Auxerre '.

À côté des collèges militaires revêtus d'un caractère officiel, il s'établit clans le même but des institutions particulières , à Paris et ailleurs. Telle est l'institution militaire pour la jeune noblesse, tenue par Rolin, rue de Sèvres, et dont l'uniforme consiste en un babit de drap bleu galonné d'une tresse d'argent, un chapeau uni avec un plumet blanc; telle est celle de l'abbé Moret, en face de l'avenue de Breteuil ; dans l'une et dans l'autre , les prix de pension varient entre 800 liv. et 1,000 liv. D'autres écoles préparatoires pour la marine , l'artillerie et le génie étaient ouvertes au faubourg Saint-Honoré et dans la rue de Reuilly2. On crée aussi deux écoles nationales militaires; mais celle qui fut établie à Paris, malgré

1. Réimpression de l'ane. Moniteur, t. XVI, p. 685, t. XVII, p. 608. — On sait que la Convention créa à Paris en 179 i une École de Mars qui dura peu de temps, et que Bonaparte rétablit en 1802 l'École militaire, qui fut d'abord installée à Fontainebleau.

2. Thiéry, Guide des amateurs et des étrangers voyageurs à Paris. 1787. t. II. p. 559, 561 ; t. I, p. 79,659. — Carnot fut envoyé à seize ans dans une école de ce genre. {Mémoire historique, p. 2.)

son titre pompeux, ne réunit que onze élèves1. Sans doute, surtout dans ces dernières écoles, les roturiers se trouvaient mêlés à la noblesse, car, en février 1789, un abbé Hazard organisait à Nanterre une maison d'éducation réservée à la seule noblesse. « Ce n'est pas dans nos collèges, disait le prospectus, ni dans nos écoles publiques que la jeune noblesse destinée à l'état militaire peut acquérir l'esprit et les talents indispensables dans la profession des armes. Confondu avec les enfants de toutes les classes de citoyens, le gentilhomme se trouve élevé comme le bourgeois et celui qui est né pour commander comme celui qui est né pour obéir ; uniformité incompatible, et d'où découlent tous les abus qu'on déplore aujourd'hui. » Aujourd'hui, c'est février 1789, c'est la veille des états généraux et de la revendication des principes d'égalité, contre lesquels quelques-uns prétendent résister en se renfermant clans un exclusivisme plus absolu que jamais. Le programme de la pension de Nanterre, pour laquelle l'abbé Hazard, di-

1. Mémoires concernant les écoles nationales militaires, s. d. Les écoles nationales avaient été fondées par le duc de Charost, maréchal de camp, et par deux autres officiers. Elles recevaient, moyennant 500 1. à Paris et 360 en Bourgogne, de jeunes gentilshommes âgés de treize ans. L'enseignement mutuel était en usage parmi eux comme à l'école des ponts et chaussées; quand un élève était reconnu capable d'en enseigner deux ou trois autres, on les lui confiait, et il en rendait compte à ses professeurs, au moins tous les deux ou trois jours. {État actuel de Paris, 1788, Quartier Saint-Germain, p. 43).

recteur breveté, demandait 1,200 fr. de pension par an, était analogue à celui des autres écoles militaires, avec une tendance plus accentuée à l'enseignement « des éléments des langues allemande, anglaise, ita~ lionne et latine'. »

Des institutions analogues s'étaient fondées en province. Dans celle dirigée par Gorsas , à Versailles, où le prix de la pension était élevé , nobles et roturiers étaient admis; des querelles s'élevèrent entre eux et donnèrent lieu à des combats à coups de raquette'. En 1776, à Colmar, un littérateur dans le besoin s'associa avec un ancien officier de milice et un ancien précepteur, pour transformer une petite pension en école militaire qui fut désignée sous le nom d'institut. L'institut réunit bientôt quarante-trois élèves, divisés en compagnies, sous les ordres d'un capitaine, d'un lieutenant, d'un caporal. Des croix étaient données aux meilleurs élèves, que leurs camarades pouvaient élire membres d'une compagnie d'honneur. Les punitions étaient infligées par un conseil de guerre. L'été, l'on faisait des promenades, des excursions , des voyages même. L'hiver, l'institut donnait des bals, et, le dimanche, les élèves allaient faire dos visites aux parents, aux autorités ainsi

1. Nouvelle maison d'éducation militaire pour la jeune noblesse, établie à Nanterre, par brevet du roi et sous la protection du goun rnement. Prospectus.

2. Me m. di' Frotté. L. delà Sicotière, Un chapitre de l'histoire de trotté. Revue delà Révolution, t. IV, p. 113.

qu'aux personnages de marque '. Le succès de cette école montre avec quelle facilité on pouvait en créer de semblables et combien elles répondaient au désir d'éducation militaire qui était dans les vœux d'un graud nombre de familles.

Les écoles militaires , telles qu'elles sortirent de Fédit de 1751, et malgré les modifications qu'elles subirent en 1776, avaient le grand défaut d'être des asiles pour les fils des gentilshommes pauvres et d'être facultatives pour les gentilshommes riches ou protégés2. Il y avait toujours moyen pour ceux-ci d'obtenir une sous-lieutenance et d'arriver d'emblée aux épaulettes d'officier, parfois même à celles de capitaine et de colonel. Sans doute, si l'on obtenait tout de suite le grade, on n'en remplissait pas immédiatement les fonctions3. Rien ne paraît valoir l'enseignement pratique, et, bien que la discipline soit devenue plus sévère et plus uniforme pour tous, il y a toujours des volontaires privilégiés. Le fils du comte de Cheverny, à l'âge de quatorze ans et demi, entre dans le régiment d'un ami de son père, le colonel Pinon ; mais son père ne l'y envoie pas seul ; il lui donne pour compagnon un capitaine des gardes

1. Pfeffel, l'École militaire de Colmar pendant les années 1776- 1779, publié par Slœber, Mulhouse, 1859, P. il à 20.

2. On pouvait même sortir d'une école avant le temps prescrit sans perdre ses droits à la pension du roi et au brevet de sous-lieutenant. (Lettre de Timbruneà Cuming, 1786. Arch. de l'Aube, 17 E. 89.)

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