‹ La vie militaire sous l'ancien Régime (volume 2)Chapitre 43 sur 191 · Plus on en tue, et plus il s'en présente · texte numérisé non relu

Plus on en tue, et plus il s'en présente

Ils vont trottant, des bords de la Charente, Des bords du Lot, des coteaux champenois, Et de Provence, et des monts lraneomtois ; En bottes, en guêtres et surtout en guenilles, Vont assiégeant la porte de Crémillc Pour obtenir des maîtres de leur sort Un bon brevet qui les mène à la mort.

Le Pauvre Diable, par Voltaire.

petite noblesse « abîmée et ruinée » que se recrute, suivant un officier1 , la meilleure partie des troupes de Farinée; elle apporte à l'armée sa sobriété, sa résistance à la fatigue, son courage et son honneur, mais aussi trop souvent son ignorance et sa morgue. Le hobereau de campagne se regarde comme aussi gentilhomme que le roi2, et comme il a pour seul bien et pour seul titre ses parchemins, il y tient davantage que celui qui en a d'autres.

L'argent, qui procure la noblesse, procure aussi des grades dans l'armée. « C'est l'argent qui fait aujourd'hui les nobles et les chevaliers, 3 » dit-on sous Henri IV; c'est lui qui fournit au roturier des charges qui l'anoblissent, des grades qui s'acquièrent à beaux deniers comptants . Un brevet de lieutenant se donne; un brevet de capitaine ou de colonel s'achète. L'esprit bourgeois envahit moins l'armée que l'administration, mais il y pénètre. <( Autrefois, dit-on sous Louis XV, les corps étaient composés de l'ancienne noblesse des provinces, qui ne connaissait que l'histoire de ses ancêtres, sa chasse, ses droits et ses titres; aujourd'hui les premiers corps d'infanterie sont composés d'officiers de noblesse nouvelle, de familles anoblies par les charges de secré-

1. Mémoire de Chamlay, 1711. Arcli. de la guerre, doc. généraux, 111

Page 1