‹ La vie militaire sous l'ancien Régime (volume 2)Chapitre 44 sur 191 · Loyseau, Traite désordres. XXX11I · texte numérisé non relu

Loyseau, Traite désordres. XXX11I

3. J.-J. de Walhausen, l'Art militaire pour l'infanterie, Franeker,

taires du roi ou d'autres de cette espèce 4 . » Non seulement il y avait des fils d'anoblis, mais des roturiers parmi les officiers ; on en comptait 4,000 après la guerre de la succession d'Autriche 2. La vocation militaire n'était pas l'apanage exclusif d'une classe. L'ardeur militaire s'éveillait dans une partie de la bourgeoisie, qui s'était habituée au maniement des armes dans les compagnies de milice bourgeoise et d'arquebuses. Quelle belle occasion pour le fils d'un marchand enrichi que de rehausser sa condition en obtenant l'épaulette! Quelle ressource pour le fils cadet du magistrat que de pouvoir relever sa petite noblesse de robe en portant l'épée! L'armée, surtout au dix-septième siècle , a compté des généraux illustres sortis des rangs de la bourgeoisie, comme Chevert, Saint-Hilaire, Fabert3, et si les bourgeois dépassaient rarement le gracie de lieutenant-colonel, ils remplissaient, surtout dans les régiments d'infanterie, une partie notable des emplois.

A. certaines époques , la monarchie favorise les roturiers. Comme elle a besoin d'officiers riches , et que beaucoup de bourgeois sont riches, elle les attire

1. Mém. sur la désertion. Arch. delà guerre, police et discipline, 1770-1790.

2. Andrew deBilinstein, Lisi. militaires, 1762, cité par Lucien Mouillard, les Régiments sous Louis XV, p. 11. — La plupart des officiers sont roturiers dans le Royal-Bourbon-Dragon, en 1781. (Mémoires de l'Académie de Stanislas, t. CXXXVI, p. 136, 138.)

3. Catinat était le fils d'un président au parlement de Paris. On ne saurait le regarder comme un fils de simple bourgeois.

e1 les retient par la promesse de faveurs et de privilèges; elle fait miroiter à leurs yeux l'anoblissement ou l'exemption de tailles, comme une récompense due à leurs services. En 173 V, les officiers étant en trop petit nombre, le ministre d'Angervillers écrit aux intendants d'exciter les roturiers riches de leur généralité à demander pour leurs fils des emplois d'officiers*. L'anoblissement héréditaire fut accordé en 1750 aux officiers généraux ou aux officiers dont le père et le grand-père avaient été au service. L'exemption de tailles était donnée à tous ; elle était héréditaire pour les chevaliers de Saint-Louis. De pareilles faveurs indignaient la noblesse. « Cela donnera lieu A de grands abus, s'écriait le marquis d'Argenson, qui relativement était un libéral. Il y aura bientôt autant de nobles que d'habitants2. » Aussi ne cessais >n d'essayer de réagir contre des tendances qui aura \v nt amoindri le prestige de la noblesse en la rendant facilement accessible.

A plusieurs reprises, l'État avait révoqué les lettres de noblesse qu'il avait accordées pour des charges militaires; en IGGIp, il supprime toutes celles qui <>nt été données depuis 163V, sous réserve de celles qui auraient été .obtenues pour des services signalés

1 Soulavie, Mémoires historiques et politiques, t. IV, p. 393.

2 Mémoires, édition Janet, t. III, p. 372. Cette mesure avait été prise par le frère du marquis d'Argenson, le comte d'Argenson, ministre de la guerre.

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dans l'armée ou ailleurs; en 1715, il annule, sans réserve, celles qui ont été délivrées depuis 1689 l. « Je ne connais rien de si difficile, écrivait en 1777 le comte de Saint-Germain au comte de Broglie, que d'obtenir du roi des lettres de noblesse, et j'oserais dire qu'il est très préjudiciable à l'État d'en donner légèrement. Cependant je mettrai sous les yeux de Sa Majesté le mémoire que vous avez bien voulu me recommander. Je serai charmé de pouvoir obliger un officier distingué, qui a rendu de grands services2. »

Il ne suffisait pas, pour les partisans des privilèges de la noblesse, de rendre les anoblissements plus difficiles : il fallait interdire l'accès même de l'armée aux roturiers. Sous le prétexte d'empêcher les fraudes dans les certificats de noblesse qu'on demandait aux futurs officiers, on sollicita de la cour des prescriptions plus exclusives. En vain le ministre de la guerre, le maréchal de Ségur, se fit-il l'avocat des droits du tiers état. « Comment voulez-vous, dit-il, qu'on supporte l'idée de voir que le fils d'un magistrat respectable, d'un négociant fortuné, d'un inten-

1 . Anciennes lois françaises, t. XVIII, p. 40. — Édit d'août 1715. Recueil Cangé, t. XXXVII. — Parmi les anoblissements pour services militaires, citons, en 1649, les frères de Guy, Suisses d'origine; en 1662, les dix frères Delolle, tous officiers ; le Sr de Feuquières, maréchal de camp; en 1665, le S1 de Phisica, qui a 25 ans de service, etc. (Ibid., t. VII.)

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