Cte de Ségur, Mémoires, t. I, p
Dans Farinée, il n'y avait pas seulement rivalité entre la noblesse et la roture, mais entre la pelite et la haute noblesse. Le comte de Saint-Germain observe avec raison qu'on fait une distinction pernicieuse entre elles; celle des provinces vaut presque toujours mieux, suivant lui, que celle de cour : «celle-ci a tout, sans rien mériter; celle-là ne parvient à rien, quelque cliose qu'elle mérite. » Un brave officier est nommé major et chevalier de Saint-Louis, à la suite d'une action d'éclat ; il semble parvenu au faite de sa carrière , lorsque tout à coup on découvre qu'il descend d'une famille illustre , qui paraissait éteinte. Il en prend le nom , est reçu à la cour et devient immédiatement colonel *.
Les officiers de fortune, qu'on pourrait aussi appeler officiers sans fortune, étaient plus nombreux que ne l'auraient voulu les nobles2. Un écrivain militaire déplorait l'avancement qui leur était donné : <lV\cellents bas officiers, selon lui, devenaient ainsi des officiers médiocres, et lorsque l'âge ou les infirmités les forçaient à se retirer du service, ils n'avaient d'autres moyens de subsistance que les bienfaits du roi;î. Si on leur contestait certaines qualités, on leur reconnaissait généralement de la valeur et
1. Comte de Saint-Germain, Mémoires, |>. 38. — Comte de Ségur, Mémoires, 1. 1, p. 31.
2. C. Roussel. Uist. de Louvois, t. III, p. 291. — Encyc. méth.
3. Examen critique du militaire français, 1781, t. I, p. 195.
de la probité. Plusieurs grades leur étaient réservés, comme ceux de lieutenants et de capitaines de grenadiers !, de majors et de lieutenants-colonels. On cite des lieutenants-colonels intelligents, énergiques et dévoués, fils de vignerons et de bourgeois.
La position de fortune et de naissance , qui influait sur l'avenir de l'officier, déterminait souvent pour lui le choix d'un régiment. Avait-il peu de ressources personnelles , il préférait l'infanterie à la cavalerie ; avait-il peu de chances d'avancement, parce qu'il appartenait à la petite noblesse ou à la bourgeoisie, il entrait de préférence dans l'artillerie, dans le génie, où des connaissances spéciales étaient nécessaires pour obtenir les grades supérieurs 2. La naissance y comptait moins qu'ailleurs, d'autant plus que les nobles, peu disposés à se livrer à l'étude des sciences, dédaignaient d'entrer dans ces corps. Le soldat sans naissance pouvait aussi obtenir des places de capitaines des guides, des mineurs ou des charrois 3 ; en temps de paix, la maréchaussée lui offrait des grades moins considérés que les autres 4. Les bourgeois ou