P. Daniel, Histoire de la milice française, t, II, p
4. On cite un officier obligé de quitter son corps et acceptant « parce qu'il ne peut faire mieux, » un emploi de lieutenant dans la maréchaussée. {Le Soldat parvenu, t. IV, p. 199.)
Jes anoblis occupaient aussi en très grande majorité les places de commissaires des guerres; ils les remplissaient avec une réelle distinction, de l'avis des étrangers et des inspecteurs généraux l. Ces fonctions étaient sûres, convenablement rétribuées2, estimées, quoique peu brillantes; mais elles étaient mal vues des officiers, qu'elles avaient pour mission de contrôler. Plus d'un officier avait injurié ou raillé leurs titulaires; un d'eux alla même jusqu'à battre un commissaire des guerres3. Un capitaine noble supportait malaisément la surveillance d'un employé qui n'avait ni le prestige de la naissance ni l'autorité du grade, il s'indignait à la pensée de ne pouvoir acheter lui-môme quelques bottes de foin, si les chevaux de sa compagnie en avaient besoin, sans être assujetti à passer par les mains des commissaires des guerres, des entrepreneurs et des commis 4.
Pour donner satisfaction à toutes les demandes, on multiplia le nombre des officiers. Il semblait qu'en le réduisant on portât atteinte aux droits de la noblesse. On s'avisa de diminuer de moitié la quantité drs officiers de cavalerie et de dragons. « Il faut ce-
l. Arch.de la guerre, adm., 2850. — Lellers conceniing ihe prêtent state ofthe French nation, 1709, p. 127.
2. Un soldat lorrain. Mémoires de l'Académie de Stanislas, I « VWYI. |). <;,.
3. Conduite dr Mars, \). 280. — Les commissaires des guerres, an nombre de 109, fuient anoblis par un édit de 1709, révoqué par un édil <!«■ i:i:,. (Recueil Cangé, t. XXXVII.)
i. Mémoire de 177G. Arch. de la guerre.
pendant placer les gentilshommes , » s'écriait-on ] ; aussi ces réformes ne duraient-elles pas. On disait au dix-huitième siècle : « Il y a aujourd'hui trois fois plus de colonels qu'il n'y a de régiments, et dix fois plus de capitaines qu'il n'y a de compagnies. La France a plus de 212 lieutenants généraux et 466 maréchaux de camp. » Comme il est impossible de les employer tous, la plupart restent dans l'inaction2. On disait aussi après la guerre de Sept ans : « A la paix dernière, il y avait autant d'officiers pensionnés du roi que d'officiers servants ; ce qui faisait une double armée d'officiers au service du roi 3. » L'armée était encombrée de colonels de tous genres : colonels en titre, en second, en troisième, colonels par commission, colonels à la suite, colonels attachés à l'armée, lieutenants-colonels, colonels, majors-colonels, capitaines-colonels; on y trouvait aussi des capitaines commandants, capitaines en second, capitaines réformés , capitaines à finance 4. On aurait compté , en 1787, 36,000 officiers de tout grade, et seulement 13,000 en activité de service5.