Arch. delà guerre, adm
3. Recueil Cangé, t. VI. Voir aussi les Mémoires de M. d'Artagnon, t. I, p. 03.
troubles bien plus graves ont lieu en 1773 dans le Royal-Comtois. La plupart des officiers s'étaient ligués contre le colonel et le lieutenant-colonel; ce dernier, au lieu de les punir, leur avait porté « un défi d'attaque et de défense. » Les officiers avaient tenu des réunions illicites et signé un mémoire diffamatoire contre leurs chefs; l'un d'eux avait même cessé de rendre à son colonel les devoirs qui lui cl.iient dus. La répression était nécessaire; elle fut rigoureuse. Un capitaine-major, qui était le plus coupable, fut condamné à être cassé et à faire vingt ans et un jour de prison; neuf autres capitaines, à être également cassés et à passer en prison de douze à deux ans. Les lieutenants furent condamnés à des peines analogues, quoique un peu moins graves1. Au dix-septième siècle, l'autorité d'un colonel n'était pas toujours aisément acceptée par les capitaines, qui la regardaient comme une atteinte à leurs prérogatives. Le colonel devait leur en imposer par sa valeur personnelle; il devait leur en donner des preuves. « La coutume de ce temps-là, dit-on, était <ju "il tirât l'épée avec cinq ou six capitaines devant <[uc de se faire considérer des autres. » D'Arbouville, prenant possession de son régiment, fit apporter douze épées d'égale longueur, disant que si quelqu'un n'était pas satisfait de l'avoir pour colonel, il
i. Jugement On conseil de guerre tenu à Lille le 12 juillet
n'avait qu'aie lui témoigner, et qu'il le satisferait bientôt. Le lendemain, tous les capitaines relevèrent son défi; il se battit avec plusieurs d'entre eux, et le sort des armes lui fut toujours contraire. Il est probable qu'il dut se retirer. En 1685, la discipline et la hiérarchie étaient mieux observées, et un officier n'aurait pas osé se battre contre son colonel ; cependant, au siècle suivant, on parle encore de duels de ce genre. « J'ai vu, écrit Mauvillon, le premier capitaine au régiment de la Couronne être sur le point de se battre avec son colonel, en présence de deux bataillons. Il eût dû être fusillé ; il eut un régiment *. » Vaublanc cite l'exemple d'un lieutenant interné dans une forteresse pour avoir provoqué son colonel, mais dont la conduite avait été généralement approuvée 2. Sous Louis XVI même, le comte de Brehan est nommé colonel d'un régiment de Dauphiné, dont les officiers avaient refusé d'admettre plusieurs colonels. Il arrive incognito à Marseille, se rend au café en frac, relève vivement deux officiers qui médisaient du nouveau colonel , se bat en duel avec chacun d'eux , et les blesse. Lorsqu'il se fait connaître, il a su inspirer le respect, et il est accepté3.
Quelquefois les altercations qui s'élèvent entre capitaines et colonels se terminent par des emporte-