Prince do Montbarey, Mémoires, t. I, p
à l'âge de dix-huit ou vingt ans. Cela ote toute émulation au reste des officiers. Le premier fat venu réclame un régiment, et murmure, si on lui refuse en lui montrant des officiers de haute naissance qui ne sont que capitaines. S'il n'y a pas de régiments disponibles, on donne pour dot à des courtisans des commissions de colonel.. . et de la sorte trente colonels sont attachés au corps des grenadiers de France1. » Quand Saint-Germain arrive au ministère , il trouve un « chaos effrayant » de colonels, dont il compte trois cent neuf en place. Et cependant Choiseul s'était eiforcé de remédier à cet abus, en ordonnant qu'on ne pourrait être colonel qu'après sept années de service. Le chroniqueur qui relate cette décision remarque que ce ne sont pas les bons règlements qui manquent, mais que c'est leur exécution qui fait défaut 2.
La laveur, la richesse et la naissance, qui faisaient nommer la plupart des colonels , n'empêchaient pas certains d'en lie eux d'être animés de l'instinct et du
1 . Le maréchal de Castries fit accorder des brevets de colonels à des officiers tues glorieusement, tels qued'Assas. Il arriva qu'un officier, qu'on croyait mort, guérit de ses blessures et put profiter d'un brevet, ainsi octroyé, qui lui valut le commandement d'une ville. (Autlouin, Hist. de V Administration de l'armée, t. III. p. 109,170.)
2. Traité de la guerre, par Saint-IIilaire, 1712. Arch. de la guerre. — Feuquières, Mém., t. I, p. 127. — Ségur, Mém., 1. 1, p. 85. — Maréchal de Saxe, Mes Hernies, I. ], p. 28. — ïilly, Mém., p. 372. — Marquis d'Argenson, Mémoires, éd. Janet, t. IV, p. 170. — Comte de Saint-Germain, Mém.. p. 37, 77. — Barbier, Journal, t. VIL p. îo.
sentiment militaires; sérieusement pénétrés de leur devoir, ils consacraient leur temps à la direction et à l'amélioration de leur régiment. Tel était Arnaud, mestre de camp des carabins, qui enseignait par son exemple à ses soldats la vie sobre et l'assiduité au drapeau; tel était le jeune comte de Gisors, fils d'un ministre, qui, devenu à vingt ans colonel d'un des plus beaux régiments d'infanterie de France, le régiment de Champagne, tenait à honneur et se faisait un cas de conscience de remplir scrupuleusement ses fonctions1. Mais, à côté de ces officiers qui prennent leur rôle au sérieux, il en est d'autres qui ne le considèrent qu'au point de vue du profit ou des satisfactions de vanité qu'ils en tirent. Ils ne font qu'apparaître au régiment, souvent encore accompagnés de leur gouverneur ; ils cherchent surtout « à tirer de leur régiment de quoi fournir à leurs menus plaisirs2; » <( riches en biens et en figure , dit-on , ils regardent leur emploi comme au-dessous d'eux, méprisent l'étude et les exercices, qu'ils qualifient de marionnettes, se comportent d'une manière indécente aux manœuvres3; » ils demandent congés sur congés, même en temps de guerre 4; on les rencontre plus souvent
1. Duc d Aumale, t. III, p. 129. — C. Rousset, le Comte de Gisors. — Vie du maréchal de BelVIsle, p. 210.
2. Traité delà guerre, par Saint-Hilaire. 1712. Arch. de la guerre, pol et dise.
3. Réfleclions sur les campagnes d'Italie. Recueil Cangé, t. LXV.