‹ La vie militaire sous l'ancien Régime (volume 2)Chapitre 77 sur 191 · Étrennes 'lu Parnasse, 1774, p. no · texte numérisé non relu

Étrennes 'lu Parnasse, 1774, p. no

2. Duc de Saint-Simon. Mém., XII, ii7. — Guibert , Voyages en ira nce, p. 237.

et T administration du régiment lui est familière; il y a fait fréquemment sa carrière , et connaît les hommes qui le composent. C'est sur lui que le colonel se repose, quand il s'absente, et les colonels sont plus souvent éloignés de leur corps qu'ils n'y sont présents. Les uns , princes ou très grands seigneurs, sont retenus à la cour ou dans leurs châteaux par d'autres occupations ou par leurs plaisirs*, les autres manquent rarement d'aller se montrer à Versailles pendant les quartiers d'hiver, sachant qu'on fait souvent plus vite sa carrière dans les antichambres que dans les casernes. Un d'entre eux, qui fut un écrivain militaire distingué, déclare que sans de bons officiers supérieurs, il ne peut répondre de l'ordre constant de son régiment, « La présence du colonel, dit-il, remonte, ranime, répare; mais à peine est-il parti que tout se relâche et se détend. » Heureusement qu'il a un très bon lieutenant-colonel, qui joint à quarante ans de service toute la ferveur d'un jeune homme *.

Quelle est l'attitude ordinaire de ces officiers modestes et méritants? S'ils donnent l'exemple du respect hiérarchique, ils ont aussi la conscience de leur dignité. Ils sont les défenseurs des autres officiers et des soldats, si on veut leur imposer des innovations nuisibles; ils font entendre le langage de la maturité

1 Guibert, Voyages en France, p. 236.

el de la justice à de jeunes chefs inconsidérés ou emportés. Un jeune colonel de grand nom, qui vient d'acheter son régiment 120,000 francs, s'irrite des objections de son lieutenant-colonel, et lui dit : « Sachez la différence qu'il y a d'un homme comme vous à un homme comme moi. » Le lieutenant-colonel lui répond : « Un homme comme vous, Monsieur, se fait avec V0,000 écus, et un homme comme moi ne se fait qu'avec quarante ans de service1. » Dans les régiments des gardes françaises, le lieutenantcolonel, M. de Mathan, se fait l'organe des plaintes de tout son corps contre des changements absurdes que veut lui imposer le duc du Châtelet, son colonel, et, fort de la bonté de sa cause, lui fait, en présence des capitaines, des reproches que son chef hiérarchique mérite et qu'il accepte. Un autre lieutenantcolonel se met à la tête de la résistance contre son colonel, le duc d'Antin, et se bat en duel avec six ot'liciers qui soutenaient le parti de ce dernier; il les blesse tous. On l'envoie dans une forteresse ; mais au bout de six mois on reconnaît le bien fondé de sa cause, et on le nomme brigadier des armées du roi 2.

Les lieutenants-colonels se recrutaient d'ordinaire parmi les plus anciens capitaines et les commandants de bataillon. Un inspecteur donne les notes suivantes

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