‹ La vie militaire sous l'ancien Régime (volume 2)Chapitre 92 sur 191 · Recueil Cangé, t. XXVII · texte numérisé non relu

Recueil Cangé, t. XXVII

qu'à solenniser la santé de mes bienfaiteurs et à tirer

le jour du Saint Sacrement, pendant la procession. » Il comptait décorée son château de ces trophées, qu'il considérait comme la récompense de ses services1. D'autres fois, ce n'est pas l'ennemi que Ton dépouille, c'est le roi que l'on fraude, c'est le soldat que l'on exploite. « Il n'y a point de friponneries, écrit Le Tellier, que les chefs ne fassent pour profiter de l'argent que le roi leur donne. » On porte comme présents des hommes qui n'existent pas , et. lors des revues , on les remplace par des gens de bonne volonté qui sont qualifiés de passe-volants. Le capitaine touche leur solde et la garde pour lui. Des régiments, qui doivent avoir quinze cents hommes sous les drapeaux, n'en ont que cinq cents2. On se fait rembourser à haut prix des effets et des chevaux qu'on prétend avoir été volés par les gens des villages où l'on passe. A les en croire, « les volés ('Liient tous bien habillés et cousus d'or et d'argent; on ne leur prenait que des chevaux de 5 à 600 livres... » De l'avis de l'intendant qui signale le fait en 1678, c'est une fraude dont on use communément dans son armée 3. En voici une autre plus curieuse

1. Lettres de Vauban. Bull, du Comité des travaux historiques, 1888, p. 237, 238. Arch. de la guerre.

2. Caron, Le Tellier, p. 235, 75, 158. — Traité de la guerre, par Saint-Hilaire, 1712.

3. Lettre de Faultrier, datée de Charleroi. Arcli.de la guerre, adm.,

encore. Le gouverneur de la citadelle de Lourdes jouit des revenus de la prison. Il fait inscrire les prisonniers sur le registre d'écrou , les laisse en liberté, et perçoit le droit de geôlage à son profit'.

Quant au soldat, il y a bien des moyens de l'exploiter : on grapille sur la nourriture, on lésine sur l'habillement , on met à son compte des effets d'équipement qu'on devrait lui fournir. « Les colonels et premiers officiers des régiments ne peuvent s'y entretenir que par rapines et malfaçons, » écrit-on en 1712. « L'état de médiocrité de l'officier, dit-on, le porte quelquefois à des injustices envers le soldat en matière d'intérêt 2. » Comment faire lorsque , au bout de trois ans, l'uniforme des hommes a besoin d'être renouvelé et que la masse est insuffisante pour y subvenir? On s'indemnise sur l'ustensile et sur la paye 3. Il y eut longtemps aussi des revenantsbons , des prélèvements sur les rations et les fourrages, des bénéfices faits sur la compagnie, qui sont admis. « Ce sont des abus, dit un officier, qu'il faudrait supprimer, mais ces abus, qu'on ne calcule pas, font l'aisance du capitaine d'infanterie4.» Onesti-

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