‹ La vie militaire sous l'ancien Régime (volume 2)Chapitre 98 sur 191 · Duc de Lu y nés, Mcin., I. V · texte numérisé non relu

Duc de Lu y nés, Mcin., I. V

avec quelque morceau de pain et un peu de patrimoine, c'est la seule ambition de beaucoup d'officiers l. Les plus habiles trouvent moyen de réunir sur leur tête plusieurs pensions ou gratifications'. C'est ainsi qu'un lieutenant-colonel de dragons peut ajouter à sa pension de retraite de 1,000 livres une pension de pareille somme, dont il jouit dans l'ordre de Saint-Louis, et une gratification annuelle de 500 livres. Un autre officier, qui a 1,500 francs de retraite, reçoit 3,000 francs pour se rendre chez lui, se donner les choses dont il a besoin et payer les dettes qu'il peut avoir contractées. Les retraites étaient parfois arbitraires et prématurées ; elles variaient suivant les corps et la durée du service; des capitaines retirés reçoivent de ^00 à 900 francs2. Les veuves d'officiers et d'aides-majors obtenaient des pensions sur le trésor royal ou sur le produit de la place que le décès du mari avait laissée vacante 3. Ajoutons que dans un certain nombre de régiments les officiers formaient, sous le nom de concordat, une sorte de caisse d'assurances, où ils faisaient chaque mois des versements proportionnés à leur traitement, et qui leur fournissait, au moment où ils quittaient le service, une somme d'argent qui était le produit de leur épargne

1. Traité de la guerre, par Saint-Hilaire. Areh. de la guerre.

2. 1730. Archives de la guerre. — En 1743, un lieutenant-colonel, retiré à Provins dans une belle maison, a 2,400 livres de pension.

3. Arch. de la guerre. — La veuve d'un gouverneur de petite ville a 600 francs du trésor royal; la veuve d'un aide-major, de 3 à 400.

mutuelle; mais d'ordinaire, les lieutenants e1 Les of- Bciers de fortune ne contribuaient pas au concordat,

et ceux qui auraient eu le plus besoin de ses produits n'étaient point admis à en recevoir leur part l.

Ceux-ci avaient la ressource d'être admis à l'hôtel des Invalides, où ils étaient bien loij-és, nourris, servis par des valets et recevaient 30 livres par mois pour leurs menus plaisirs2. Ceux qui se retiraient dans leur province pouvaient toucher des gratifications de 200 francs environ 3. D'anciens officiers acceptaient aussi comme retraite des places de commandants de compagnies d'invalides, de gouverneurs de citadelles ou de prisons d'État, où ils remplissaient plutôt des fonctions de geôlier que de militaire, (iuibert est indigné de voir un chevalier de Saint- Louis s'acquitter de fonctions de ce genre, qui, suivant

1. Projet pour faire routier les déserteurs. Arch. delà guerre. — Encycl. méth. Art militaire, 1. 1, p. 753. — Dussieux, l'Armée en France, I. Il, p. 313. — Le concordat se donnait surtout aux capitaines qui se retiraienl prématurément et renonçaient à l'avancement. Pour ceux qui avaient droit au grade de lieutenant-colonel, il s'élevait jusqu'à 20,000 fr. (LJ 'Antilégionnaire français ou le Conservateur des constitutions de l'infanterie, par un ancien et très zélé officier (d'Anthuille . Wesel, 1762.

2.Marquisd'Argenson,Afem.,t. IV, p. 128. — Cependant « les officiers des vieux corps ne voulaient pas en tàtcr. mais tous les misérables officiers de milice ». En 1728, un officier, ayant 800 livres d'appointements, voulait entrer aux Invalides : « S'il veut y renoncer, écrit le ministre, il sera reçu aux Invalides; mais je doute qu'il prenne ce parti . An h. de la guerre, adm., 2G60.)

3. ïnv. Arch. Hérault, C. 703 à 708. — 59 officiers reçoivent, en 1772, 13,350 livres de "ratification des États du Languedoc.

lui, devaient être remplies par un officier de marechaussée l.

Traitements, gratifications, pensions, formaient un total formidable que l'État distribuait, sans pouvoir satisfaire à toutes les demandes. La noblesse bcsoigneuse qui foisonnait dans les grades inférieurs se plaignait souvent et trouvait qu'on n'en faisait pas assez pour elle. Le roi prenait cependant ses enfants pour les mettre aux écoles militaires, et, de plus, depuis le jour où ils étaient boursiers, il leur assurait des ressources suffisantes jusqu'au moment de leur mort. Il poussait même la sollicitude jusqu'à fournir aux jeunes sous-lieutenants, qui sortaient de l'école, un trousseau , qui comprenait un uniforme complet, une épée et un assortiment de linge2. Il leur donnait, en outre, les frais de route jusqu'à destination et une somme de 1% livres pour argent de poche. On remit même une fois 500 livres à un élève sortant « dont l'indigence était absolue » , afin de le mettre à même de rejoindre son régiment 2. On savait que la vie de garnison obligeait à des dépenses et qu'il était presque impossible d'y entrer la bourse vide.

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