‹ La vie militaire sous l'ancien Régime (volume 2)Chapitre 99 sur 191 · Voyages en France, p · texte numérisé non relu

Voyages en France, p

2. 6 chemises, 6 cols avec la boucle d'argent, G mouchoirs, 6 paires de chaussons, 1 bonnet de coton, 1 paire de bas de fil, 1 paire de souliers, 1 paire de boucles de jarretière, 1 paire de boucles de manche, 1 ceinturon et 1 petit porte- manteau. (Arch. nationales, MM. 666, p. 286.)

Un officier d'infanterie n'avait pas besoin d'être riche; son équipement était succinct et peu coûteux. Mais l'équipage d'un officier de cavalerie était considérable; il lui fallait d'ordinaire plus d'un cheval et d'un valet1 ; en temps de guerre, il menait à sa suite tout un train de chevaux, de mulets et de serviteurs. Les capitaines, les colonels et les officiers généraux surtout déployaient dans leur équipage un luxe que l'on voulut réprimer à bien des reprises, mais qui n'en persista pas moins jusqu'à la fin.

Prenons, par exemple, un capitaine des gardes tué à Sainte-Menehould en 1G53. Ce capitaine, Hennequin de Charmont, a quitté l'hôtel qu'il loue à Paris pour vernir s'installer dans une chambre bourgeoise, dont le mobilier est des plus simples : un lit de camp revêtu de damas jaune qui lui appartient et une

1. « Il n'y a pas d'apparence, dit-on en 1620, qu'un pauvre gentilhorame, après avoir acheté quatre chevaux pour tenir place de gendarme se puisse entretenir luy quatrième et ses chevaux un an durant, au prix de huit vingt écus. » (Recueil Cangé, t. XXI.)

table de bois de sapin; mais sur cette table, il développe une toilette de velours vert garni de taffetas de même couleur, dépassements d'argent, de franges de soie et argent, Des paniers d'osier, qu'il transporte sur un mulet noir, sont remplis de vaisselle et de deux flambeaux d'argent; ses valises et ses coffres sont bondés de vêtements : justaucorps de bouracan, doublé de petit-gris, garni de jais, de galons, d'une tresse or et argent; justaucorps de camelot de Hollande rouge garni de quatre galons or et argent; justaucorps de velours noir garni de quatre galons et de deux tresses d'argent. L'uniforme à cette époque n'existe pas; le capitaine a des habits de camelot gris et des pourpoints blancs; six chemises seulement, mais une robe de chambre de velours vert à ramages, doublé de velours brun, relevé de passements d'or et d'argent. On ne nous dit pas combien il a de valets; mais il mène à sa suite quatre chevaux blancs de carrosse , qu'il peut atteler à une charrette, deux chevaux de selle, l'un bai, l'autre noir, et un mulet *.

1. Le règlement du 14 août 1623 fixait le train du capitaine et du lieutenant des compagnies de chevau-légers à huit hommes, trois chevaux de service et six de bagages; celui du capitaine d'arquebusiers à cheval à deux hommes et deux chevaux. En 1641, le gendarme ne peut avoir pendant l'hiver plus de trois chevaux , le chevauléger plus de deux, le cavalier plus d'un ; le capitaine de gendarmes et le colonel plus de seize-, le capitaine et le lieutenant de cavalerie plus de douze et de huit; le capitaine d'infanterie (vieux corps) et celui de dragons plus de six. (Recueil Cangé, t. XXI et XXV.)

Comme cVs! lui qui entretient sa compagnie, il possède les armes que portent ses soldats : 27 mousquets, 27 bandoulières, 11 corselets et 1*2 piques; il a de plus dans le magasin de sa compagnie à Paris toute une réserve de mousquets, de bandoulières, de corselets, de bourguignottes et de piques hors d'usage. C'est lui aussi qui est chargé de la nourriture de ses hommes, et quoiqu'il ait VO louis et 60 écus dans sa bourse d'argent et soie couleur de rose, il doit 200 louis à deux enseignes, qui les lui ont.avancés pour la subsistance de sa compagnie l.

Prenons, trente ans plus tard, un jeune colonel, le marquis de Grignan, petit-fils de Madame de Sévigné, montant son équipage pour aller rejoindre son régiment. Son argenterie seule est estimée 4,000 fr. Quatre plats, douze assiettes, douze couverts, deux saladiers, une aiguière, sans compter tout un assortiment de toilette, cela fait un service bien complet. Si ses habits ne sont pas plus brillants que ceux du capitaine des gardes, il est beaucoup mieux monté en linge de corps et de table. Tous ces bagages, qui le suivaient a la guerre, étaient transportés sur le dos de cinq mulets, revêtus de couvertures à ses armes, et conduits par deux domestiques à cheval. Lui-même voyage souvent en chaise de poste doublée de drap gris. Mais il n'a plus un arsenal d'armes comme en avait

l. Inventaire de 1653, aines lamorl deM. de Cliarmont. Arch. de l'Aube, E. 416.

M. de Charmont; celles qu'il possède lui sout personnelles et consistent en deux fusils et deux épées *.

Au siècle suivant, on estime qu'un capitaine ne peut avoir moins de six chevaux et de trois valets : savoir, un cheval de monture, un cheval de main et deux ou trois chevaux de bât, avec un valet pour les conduire2. En 1761, un officier de cavalerie, qui va rejoindre l'armée de Hanovre, est suivi de cinq domestiques et de quatorze chevaux et mulets 3. Un capitaine, tué à Fontenoy, possède quatre chevaux, et l'on peut trouver, dans sa garde-robe assez bien garnie, sept paires de bas de soie 4.

Il faut se défier des exagérations et s'abstenir de croire que tous les capitaines de chevau- légers, comme celui qu'on cite en 1683, ont une suite de trente chevaux et de vingt-cinq valets et portent des

1. Masson, le Marquis de Grignan, p. 267, 268, 275. — Le lieutenant général Foucault fut tué à Turckheim, en 1675. Son valet de chambre put retrouver une partie de ses effets , qui furent vendus 3,289 liv., et 308 pisloles d'or, qui lui appartenaient. (Recueil Thoisy, Bibl. nationale.)

2. 1733. Arch. de la guerre, adm., 2709. — Il fut interdit en 1711 aux capitaines de tirer les chevaux de leurs compagnies pour les mettre dans leurs équipages. (Rec. Cangé, t. XXXVIII.)

3. Arch. de l'Aube, E. 1078. —En 1734, 3 mousquetaires ont ensemble 7 domestiques et 10 chevaux. L'équipage du duc d'Enghien consiste en 12 chevaux bien chargés, 3 chariots de 4 chevaux, 6 autres chevaux montés par des valets de chambre en livrée. (Dcmay, la Vie militaire au siècle dernier. Correspondance d'un mousquetaire, p. 22.)

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