CHAPITRE PREMIER
que nous n'ayons à lutler que contre des mauvaises volontés absolues. Lorsque nous en serons arrivés là, nous aurons l'honneur de vous proposer des sanctions pénales, mais nous avons cru que jusqu'à ce moment il fallait faire tout ce qui était possible pour écarter les difficultés, très-nombreuses, très-sérieuses et en grande partie absolument matérielles, qui se trouvent sur notre chemin. Nous avons cru que c'était là la meilleure manière de résoudre cette question, en la retirant de l'arène des partis, en en faisant une question d'application pratique et non un terrain de lutte. »
L'obligation scolaire est présentée ainsi sous son véritable aspect, son but réel, celui de devenir un jour la sanction des sacrifices faits par TEtat et les communes pour compléter le réseau de la circula tion intellectuelle.
C'est là le côté par où l'obligation se recommande le plus au législateur. Elle sera spontanément inscrite à la porte de chaque école, le jour où des écoles s'élèveront dans chaque village. Mais commencer par des affirmations de principes inapplicables, des menaces de mesures pénales, quand les écoles sont absentes, incomplètes ou en ruine dans un graîîd nombre de communes , distantes ailleurs du domicile de l'enfant au point d'exposer sa santé dans une course longue et périlleuse pendant la saison hivernale, c'est se beurter à l'impossible , froisser les
meilleures volontés, nuire aux véritables intérêts de la jeunesse. Ce sont là des inconséquences et des imprudences qu'il faut laisser aux agissements du radicalisme; elles ne sauraient être accueillies avec faveur en France, ce pays de raison, par les hommes de bon sens et de bonne foi. En un mot, subordonner l'obligation de la fréquentation scolaire à la facilité de l'instruction, à l'existence de l'école, voilà la vérité présente, l'espérance de l'avenir. Ajoutons que l'obligation scolaire , pour répondre à la fois à son but et au sentiment des familles, doit respecter l'indépendance des opinions ou des croyances et leur laisser libre le choix de l'école où l'enfant sera admis.
Enfin l'enseignement pédagogique ne saurait être séparé de l'instruction morale et religieuse de la jeunesse. C'est ce que l'on a bien compris dans tous les pays où l'obligation scolaire a été inscrite dans les lois : l'Allemagne, les États-Unis, et en dernier lieu l'Angleterre. On peut même remarquer que dans ces divers pays l'obligation a été principalement instituée, à l'origine, dans une intention de propagande religieuse. C'est la lecture obligatoire de la Bible qui a été la base première de la législation de l'instruction dans les pays où régnent les cultes proteslants. De même en France, ceux qui font dater de 1791 la proclamation du principe de l'obligation se trompent étrangement. S'ils prennent