CHAPITRE PREMIER
le soin de lire les ordonnances royales des XV' et XVI* siècles, ils en connaîtront mieux les origines. Là ils trouveront, en matière d'instruction religieuse, des prescriptions tombées en désuétude dans les siècles suivants, dont ils proposent en sens contraire de rééditer les formules.
On est donc mal fondé à argumenter de l'exemple des nations qui ont inscrit dans leur législation des mesures réglementaires sur l'instruction de la jeunesse; elles se sont moins préoccupées en général de la diffusion des lumières que du maintien des principes et de l'autorité de la religion d'Etat. On en retiendra du moins ceci, c'est que chez tous les peuples civilisés, en Europe comme en Amérique, le respect du sentiment religieux a toujours été intimement lié à la question de l'instruction. On a bien compris que, s'il était possible au législateur d'astreindre les esprits à la culture intellccluelle, il était dépourvu du droit d'asservir les âmes à l'irréligion et au matérialisme.
Telles sont les conditions dans lesquelles, à notre sens, l'obligation scolaire deviendra possible et praticable en France.
Imitons en cela l'exemple pratique de l'Angleterre. Dans ce pays de libre initiative, un mouvement individuel et spontané a successivement doté d'écoles chaque comté, chaque paroisse, chaque hameau. La liberté a été laissée à tous de fréquenter
ces écoles ; mais quand l'œuvre féconde de l'initiative privée a été accomplie et achevée, quand la carte de la topographie scolaire a été complétée, alors on a tenu pour coupables les familles qui ne profilaient pas des immenses facilités qui leur étaient offertes pour faire instruire les enfants, et le Parlement, cédant au mouvement de l'opinion, a voté cette année même le Bill de l'instruction primaire obligatoire.
L'école construite, ouverte, prête pour l'enseignement, le devoir des familles commence. Ce devoir, dans les villes industrielles, s'étend du père au patron. Sur celui-ci même la responsabilité pèse davantage, aux heures où le père, la mère elle-même, l'enfant, sont occupés dans ses ateliers.
Combien ne voit-on pas cependant dans les grandes villes, à Paris surtout, d'enfants errant sur le pavé, raillant le passant, vagabondant et prenant dans les contacts de la rue et du ruisseau le mauvais langage, les mauvaises mœurs, les habitudes funestes qui les corrompent ; souillant en un mot leur esprit et leur cœur au spectacle de toutes les dépravations. Où est le père? Où est la mère de ces abandonnés? Nous ne parlons pas de ceux qui, par insouciance ou par des sentiments inavouables, font systématiquement dédain du soin de leurs enfants; ceux-là ne méritent pas le nom de pères. Mais nous pensons aux parents, plus à plaindre qu'à blâmer, que