‹ La vie morale et intellectuelle des ouvriersChapitre 9 sur 196 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

des écoles. Nous sommes contraints de livrer nos enfants à l'administration scolaire sans permission de nous enquérir de la tenue de l'école. Une pareille exclusion lèse la population dans ses droits, comme elle la blesse dans ses sentiments. C'est comme si, par le fait de la conquête, nos fils n'étaient plus à nous pour devenir la chose du gouvernement. i>

Voilà ce que peut êlre l'obligation de l'instruction sous l'étreinte du despotisme. A Dieu ne plaise que la loi de l'obligation prenne possession de nos écoles sous des gouvernements qui n'auraient point souci de la liberté de conscience et des droits des familles; les enfants de toute la France seraient alors asservis, à la façon germanique, comme le sont ceux de l'Alsace. L'obligation scolaire, pour être féconde, doit donc inaugurer son règne sous un régime d'apaisement des esprits, de liberté et de stabilité sociale, sinon elle traiterait en pays conquis le domaine des intelligences, des opinions ou des croyances; elle deviendrait entre les mains de l'Etat un instrument de domination oppressive.

L'agitation factice et superficielle soulevée autour de la question de l'instruction obligatoire tombe aujourd'hui dans le discrédit de l'opinion publique, pour faire place aux œuvres pratiques d'où dépend inévitablement la réalisation d'un progrès désirable. C'est par des efforts soutenus, multipliés , persévérants, le bon sens public le reconnaît de plus en

plus, que rinstruction populaire peut se développer et se répandre partout; c'est surtout par l'influence même des mœurs et de l'opinion.

Un homme fort autorisé à se faire l'interprète de ces sentiments disait avec une saine appréciation de la situation : u Dans les pays les plus justement renommés pour le développement de l'instruction populaire, la force de l'éducation tient moins aux prescriptions de la loi qu'à l'empire des mœurs. Puissent nos mœurs scolaires commencer à se former, et, par le libre efibrt de tous, assurer dans la génération qui s'élève les progrès de l'intelligence et de la moralité ' ! »

La même pensée a été exprimée très-pratiquement par M. Waddington, ministre de l'instruction publique, lorsque, se déclarant en principe partisan de l'obligation scolaire, il considérait que cette obligation devait être le corollaire de la facilité de l'instruction.

«Le gouvernement, disait-iP, s'est mis à l'œuvre pour chercher le moyen de résoudre la question sans froisser les instincts et les habitudes de la population. Il veut arriver par les moyens les plus rapides à ce que, dans un délai très-rapproché, il n'y ait plus d'impossibilités matérielles à vaincre et

* M Gréard. Rapport sur l'état de l'instruction dans le département de la Seine en 1875.

2 Annales parlementaires. Séance du 29 juillet 1876.

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