CHAPITRE DIXIÈME
villes et des cultivateurs des campagnes? A l'heure douloureuse où ilfallutpayer la rançon de la France, l'épargne de la population laborieuse se précipita avec une ardeur frénétique sur l'emprunt de la délivrance, non-seulement comme une haute manifestation du relèvement de la prospérité nationale , mais encore comme un témoignage de foi patriotique et de confiance suprême dans l'avenir du pays !
Ajoutez à cela l'immense développement pris en France par les placements hypothécaires, singulièrement favorisés dans les régions agricoles par le morcellement du sol; dans les régions industrielles, l'incitation à l'épargne organisée vis-à-vis de leurs ouvriers par les grandes compagnies minières ou manufacturières, par l'ouverture décaisses spéciales de dépôt.
La compagnie d'Anzin , par exemple , dans le but d'encourager, dans la nombreuse population ouvrière attachée à ses exploitations, l'esprit de prévoyance, a mis à la portée de ses ouvriers une caisse spéciale donnant 5 pour 100 d'intérêts des fonds versés. Les déposants étaient , en 1873, au nombre de huit cents et le chiffre total des dépôts ne s'élevait pas à moins de 900 mille francs.
Une institution du même genre a été créée à Vidalon-les-Annonay pour les ouvriers de la papeterie. Dans la maison Pleyel et Wolf, un compte courant à 5 pour 100 est également ouvert aux ouvriers.
et les fonds versés, en 1874, ne représentaient pas moins de 300 mille francs.
On pourrait multiplier ces exemples. Dans ces divers établissements, il ne tiendrait même qu'aux patrons d'augmenter le fonds des dépôts; mais un sentiment de prudence leur impose une sage limite. La nécessité d'un remboursement inopiné pourrait en effet, dans les temps de crise, mettre leurs affaires en péril.
On a cependant constaté que, dans le cours des difficiles époques de 184-8 et de 1870, tandis que les caisses d'épargne étaient assaillies par les réclamants , les ouvriers laissaient leurs économies dans les caisses industrielles; ils appréhendaient le chômage et ne retiraient que les sommes indispensables à leurs besoins.
La caisse de prévoyance, dans la société métallurgique de l'Ariége, a donné lieu à une observation non moins digne de remarque. Cette caisse est régie, d'un commun accord, par voie d'association entre les patrons et les ouvriers. Les ouvriers ont consenti pour sa formation une cession ou abandon de 3 pour 100 sur leur salaire quotidien. 216 mille francs ont été ainsi versés en trois années. La caisse ayant prospéré, les inventaires successifs ont été suivis d'une distribution de bénéfices. Or, les ouvriers, au lieu de dissiper ces bénéfices, se sont hâtés de les réintégrée à la caisse.. Ainsi, les