‹ La vie morale et intellectuelle des ouvriersChapitre 103 sur 196 · CHAPITRE ONZIÈME. 2Vo · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIÈME. 2Vo

trait à bref délai sont autant de causes qui incitent à l'épargne les familles ouvrières. Etant donc reconnus les effets moralisateurs de l'épargne, Téconomiste et le législateur ont à prendre un égal souci de développer et d'améliorer les moyens d'en accroître l'usage. Rendre plus facile l'accès des caisses aux petits déposants, donner plus d'extension aux dépôts soit en abaissant le chiffre du versement, soit en augmentant la faculté de placement, élever l'intérêt en diminuant les frais généraux, tels sont les moyens indiqués par l'expérience, ceux dont on a constaté les résultats favorables, soit en France, soit à Tétranger.

C'est dans cet esprit et dans ce but que la législation peut exercer une utile influence sur le développement de l'épargne. L'exemple du passé l'affirme : nous voyons en effet, de 1835, date de la première loi sur les caisses d'épargne, à 1845, un progrès rapide se produire dans la somme des dépôts. Ce chiffre s'éleva, de 35,639,722 en 1835, à 393,054,092 francs en 1845. Ce grand mouvement de progrès a été avec raison attribué à la latitude accordée parla loi déporter à 3,000 francs le fond des dépôts et à l'augmentation du nombre des bureaux d'épargne. Les restrictions apportées depuis à la législation ont paralysé cet essor

En 1874, un projet de réforme fut présenté à rassemblée nationale; on demandait : la diminution

du cbifTre des versements, rélévalion de 1,000 à 3,000 francs du maximum des dépôts, l'extension du nombre des succursales, la création d'intermédiaires nouveaux, tels que les percepteurs et les receveurs des postes pour favoriser les rapports des ouvriers et des cultivateurs avec les caisses; en un mot une série de mesures propres à rendre ces institutions de prévoyance plus accessibles et plus familières aux populations laborieuses \

L'enquête ouverte sur ce projet témoigne, par un assentiment général et en dépit des résistances mesquines de quelques conseils d'administration, combien il répondait aux aspirations et aux besoins des familles ouvrières.

Malheureusement dans la discussion, le parti bonapartiste, par l'organe de ses orateurs, vint disputer aux économistes l'honneur de défendre le projet, en y cherchant un moyen de faveur populaire. Dès lors il répugna à une Assemblée fort jalouse de sa dignité de couvrir de ses suffrages une manœuvre qui rappelait trop directement les agissements plébiscitaires.

On s'effraya aussi à la pensée de grossir la dette flottante de l'Etat, en constituant un fonds de dépôt trop considérable aux caisses d'épargne, au milieu

1 Ce projet fut présenté à l'Assemblée nationale sur la pro* position de MM. Henri Fournier, Eugène Talion, A. Chabaud- Latour. M. Denormandie en était le rapporteur.

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