CHAPITRE OIVZIÈME
des appréhensions d'un temps de crise et d'incertitude.
Le projet de loi fut retiré par ses auteurs.
Toutefois, l'article l", déjà adopté par FAssemblée, autorisait le concours des percepteurs et des receveurs des postes pour recueillir les dépôts de la petite épargne. Cet article contenait une excellente mesure, il resta debout à côté de la loi qui sombrait. Ce fut là la base du décret du 25 octobre 1875, par lequel l'administration des contributions directes et celle des postes ont été autorisées à mettre leur personnel à la disposition des caisses pour servir d'agents à l'action de l'épargne et d'intermédiaires à sa diffusion.
Cela dit sur le rôle de la législation dans l'instilution des caisses d'épargne, revenons à leur véritable caractère, celui d'oeuvres indépendantes et de libre initiative. C'est par ce côté qu'elles se recommandent le plus à l'attention et répondent le mieux aux sentiments des ouvriers; c'est par là qu'elles sont le plus dignes de gagner la confiance publique.
Les administrateurs de caisses d'épargne, les chefs d'industrie sont en général pénétrés de cette vérité. Beaucoup la font entrer en pratique en s'efforçant de mettre les moyens d'épargne à la portée des ouvriers, sous ces trois formes : caisses d'épargne, bureaux d'épargne, caisses d'épargne scolaires.
Le rôle et Torganisation des caisses d'épargne sont les plus connus ; il est inutile d'y insister.
L'institution des bureaux d'épargne, organisés à la manière des Penny-Banks d'Angleterre, n'a été au contraire introduite en France que depuis peu d'années; elle y est à peine acclimatée. Cette institution présente l'un des procédés les plus tangibles et les plus sûrs pour placer l'accès de l'épargne à la portée des ouvriers et des apprentis.
Etablis dans les quartiers populeux ou dans l'usine même, les bureaux d'épargne constituent de faciles intermédiaires entre le déposant et la caisse centrale. Le fonctionnement en est simple ; les ouvriers ont la faculté de verser les plus petites sommes, des fractions de franc, desdécimesau bureau d'épargne. Les plus jeunes des apprentis peuvent ainsi de bonne heure contracter des habitudes d'économie. Le bureau étant placé à côté de l'atelier, dans l'usine même, le versement s'effectue sans déplacement et sans frais, le jour même de la paye, quand les tentations de dissipation n'ont point encore été produites par les entraînements extérieurs.
Les nations étrangères nous offrent sur cette organisation une expérience toute faite; l'imitation en est sans périls. Le bureau d'épargne n'est, en réalité, que l'adaptation à la France, en harmonie avec ses lois et ses mœurs, des Penny-Bancks déjà si répandues en Angleterre et en Ecosse. C'est là une appli-