CHAPITRE ONZIÈME
cation nouvelle de ce principe érigé, chez nos voisins d'outre-Manche, en maxime de gouvernement : que tout ouvrier doit jouir d'un service d'épargne mis à sa portée et adapté à ses facultés.
Les dépenses inutiles se font le plus souvent, chez les ouvriers, par sous ou par pence ; c'est au débit de tabac et sur le comptoir du marchand de vin que s'égrènent les premières pièces de monnaie reçues un jour de paye. Il s'agit donc d'offrir à l'épargne des facilités analogues à celles que l'usage du tabac et celui des liqueurs prêtent à la dissipation. L'ouvrier, l'apprenti surtout, ne peut économiser par grosses sommes, d'autres besoins sont là qui le pressent; mais il laissera facilement tomber dans la caisse, prête à les recueillir, les gros sous de l'argent employé aux plaisirs. Cette observation a frappé un économiste anglais, M. Scott ; de là est sortie la première formation des Penny -Baiûs. Le but patent de l'institution est de viser à la collecte de la menue monnaie jetée avec insouciance à la distraction et aux mauvaises habitudes. Les bureaux d'épargne sont créés dans les mêmes vues : leur forme populaire, modeste, familière, en quelque sorte, est de nature à convertir, mieux que des institutions de plus haute apparence, les ouvriers et les apprentis à la religion de l'épargne.
En Allemagne, les banques du peuple, dont on a fait grand bruit, remplissent un rôle analogue à
celui des bureaux d'épargne : elles sont répandues aujourd'hui sur toute la surface de l'empire. On n'en comptait pas moins de douze cents dès 1867. Ces banques constituent, on le sait, un remarquable progrès sur les caisses d'épargne : elles reçoivent les fonds des particuliers et en servent l'intérêt; mais les dépôts, au lieu d'être versés dans les caisses de l'Etat, sont employés, sous de bonnes garanties, à faire à des hommes industrieux les avances de capital qui leur manquent. Les déposants sont considérés comme des actionnaires et de plus, à ce titre, ils sont responsables. Cette responsabilité, facilement acceptée en Allemagne, ne trouverait peut-être pas le même assentiment dans nos mœurs. L'exemple des banques du peuple n'en mérite pas moins de tenter l'imitation, tout en s'attachant à mettre leur organisation en harmonie avec nos habitudes et notre état social.
Ce ne sont là toutefois que des prévisions et des espérances; l'expérience incomplète de ces entreprises ne nous autorise pas à en proclamer l'infaillibilité. A chaque pays ses usages et ses institutions , quelle qu'en soit la diversité de caractère. Nous estimons que les populations de la France ne sont en retard sur celles d'aucun autre pays dans le développement de l'épargne.
L'institution des caisses d'épargne scolaires s'appuie au contraire chez nous sur des faits acquis.