CHAPITRE OXZIÈME
On a compris que, pour fortement constituer les mœurs de l'épargne, il fallait les former par l'éducation de la jeunesse. Les meilleures institutions doivent, en effet, pénétrer profondément dans les entrailles mêmes des générations nouvelles pour réaliser tous les bienfaits que Ton en peut attendre.
L'Angleterre a formé depuis longtemps des caisses d'épargne scolaires, pour faciliter l'épargne aux jeunes déposants et faire leur éducation d'économie domestique. Le succès de ces institutions ne s'est pas fait longtemps attendre. Grâce à elles, le nombre des déposants aux caisses de l'Elat s'élève aujourd'hui à un million soixante-dix-sept mille , sans compter les inscrits aux caisses privées. De l'Angleterre l'exemple a bientôt franchi la Manche et gagné le continent. Un récent rapport du post- office anglais, constate que plusieurs gouvernements d'Europe et d'Amérique s'occupent de donner, sous la forme de l'épargne scolaire, un nouvel essor à leurs institutions de prévoyance.
L'importation en France des caisses d'épargne scolaires s'est spontanément produite. L'institution n'a fait, en réalité, que revenirà son berceau. L'idée en avait été jetée, il y a plus de trente ans, dans une école de Grenoble où une fondation de ce genre fut faite, en 1834^, par un instituteur dévoué à la jeunesse, M. Dulac. Ce premier essai a précédé de peu
d'années la création des Penny-Bancks anglaises. La première de ces institutions, celle de Greenock, remonte àpeineà 1837. Combien d'œuvres fécondes ont ainsi germé sur la terre de France et nous ont rapporté de l'étranger des fruits améliorés et perfectionnés.
Les premières caisses d'épargne scolaires de la Belgique, qui en compte actuellement un très-grand nombre, ne datent que de 1866. Elles ont obtenu dans ce pays, ouvert à tous les progrès nés de la libre initiative, une abondante et remarquable floraison.
En 1873, dans les écoles communales gratuites de Gand, sur 7,980 élèves, 7, 583 versaient à la caisse scolaire; dans les écoles primaires payantes, sur 1,079 élèves, on en comptait 640; dans les salles d'asile, parmi les enfants de 2 à 7 ans, sur 3,039 élèves, 1,920; dans les écoles d'adultes, fréquentées le soir et le dimanche par 3,285 ouvriers et ouvrières, 2,889. Au total, à la fin de l'année 1873, sur 15,393 élèves, 13,032 avaient versé leurs sous à la caisse scolaire. Ils avaient ainsi formé un avoir total de 463,064 francs.
L'exemple est à proposer à l'imitation des écoles françaises. Reprenons donc aujourd'hui avec un jaloux orgueil à nos voisins, mûries par l'expérience, des institutions dont le sol généreux de la France a porté les premières semences.