‹ La vie morale et intellectuelle des ouvriersChapitre 107 sur 196 · CHAPITRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIÈME

Nombre de conseils généraux ont voté des allocations' pour favoriser dans nos écoles communales l'organisation des caisses d'épargne scolaires. 40 départements sont entrés déjà dans cette voie féconde. Aujourd'hui on compte, en France, plus de 3,000 écoles dotées de caisses scolaires; elles fournissent comme clients à la caisse d'épargne 120,000 écoliers environ.

Les industriels, de leur côté, ouvrent des caisses scolaires dans les écoles spéciales attachées à leurs fabriques. L'enseignement libre, les communes, l'État ne restent point en arrière dans cette marche progressive. Il y a quelques mois à peine, le directeur général des tabacs, M. Rolland, prescrivait l'institution de bureaux d'épargne à l'usage des ouvrières employées dans les manufactures de l'Etat, dont le nombre est considérable.

A Bordeaux, le 31 août 1875, on comptait, dans 46 écoles, 3,549 écoliers ayant acquis par leurs petites épargnes un livret à la grande caisse. Les économies de Fécole ne représentaient pas moins de 21,144 francs, amassés en six mois. Ce chiffre four-

1 Le conseil général du Puy-de-Dôme a voté l'année dernière, sur notre initiative personnelle, une allocation de 1,000 francs pour encourager la création des caisses scolaires. Soixante caisses ont été ouvertes en moins d'une année. Les résultats obtenus dans l'Aisne sont plus remarquables; 494 écoles communales de ce département possèdent leur caisse scolaire. Les instituteurs ont recueilli 5,217 livrets.

nit une moyenne d* épargne de 6 francs par écolier.

La faveur dont jouissent les caisses scolaires dans Topinion publique, jointe aux effets du décret du 25 octobre 1875, qui donne dans la personne des percepteurs et des receveurs des postes d'utiles auxiliaires à la collecte de Tépargne, est dénature à étendre Faction et l'influence des caisses centrales dans les localités les plus déshéritées jusqu'à ce jour de leurs services.

Jugeons à cela quelle force morale l'usage de l'épargne peut prêter à l'éducation de la jeunesse; l'effet ne s'en fera point sentir dans la régularité de la vie seulement. L'attachement à la famille, le soin des parents avancés en âge, la pratique des vertus domestiques, la piété filiale et l'amour paternel, ces sentiments si altérés dans les mœurs populaires, peuvent être restaurés par l'éducation de l'épargne. « On ne saurait s'imaginer, dit M. Jules Simon dans V Ouvrière y l'influence que peut avoir un premier dépôt; cette somme mise à l'abri constitue enfin une propriété, l'ouvrier s^y attache avec passion et ne songe plus qu'à l'augmenter. Par ce premier dépôt, le cabaret est déjà à demi vaincu, service immense. Un autre bienfait de la caisse d'épargne, c'est de faire concevoir à l'ouvrier la possibilité de laisser quelque chose à ses enfants. Quand on désespère de faire des économies, on se laisse aller à la dépense, on s'étourdit sur ses de-

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