CHAPITRE ONZIÈME
voirs. En général, il ne faut pas que le devoir soit difficile au point de paraître impossible. La caisse d'épargne dit à tout ouvrier : « Tu peux avoir les vertus et la sollicitude d'un père, si tu le veux. «
Telle est, tracée avec une haute rectitude de vue, la voie morale que l'avenir ouvre à l'homme, le jour où, enfant, il a laissé tomber sa première épargne dans la caisse de l'école.
La caisse d'épargne scolaire, ne l'oublions pas, est une œuvre de liberté; elle se fonde par l'initiative éclairée et spontanée des instituteurs. Pour réaliser cette œuvre, il doit s'établir un concert de bonne volonté entre la caisse centrale la plus voisine et l'instituteur qui veut doter son école de ce moyen d'éducation morale.
L'instituteur évitera toute erreur sur la portée de cet enseignement \ L'épargne ne doit être considérée, dans aucun cas, par l'enfant comme un acte d'égoïsme ou d'amour prématuré du lucre. Elle doit s'associer à la pensée généreuse de soulager les charges de la famille, d'assurer l'établissement à la majorité, de venir enfin en aide, dans les
1 Le but de l'œuvre est bien nettement précisé dans une notice de \l. de Alalarce, l'économiste distingué qui a consacré son talent et sa vie à l'apostolat de l'épargne.
« La caisse d'épargne scolaire, dit-il, a pour but de mettre la caisse d'épargne à la portée des enfants; elle leur procure, en effet, le moyen de déposer leurs petites épargnes, infc-
286 LA VIE MORALE ET IXTELLECTUiiLLE DES OUVRIERS.
éventualités de l'avenir, aux parents malades ou accablés par la vieillesse et les infirmités.
La caisse d'épargne scolaire devient ainsi l'un des instruments les plus favorables de la diffusion des principes d'ordre, de prévoyance, d'assistance mutuelle, dans les familles ouvrières comme dans la société.
C'est au nombre des habitués de la caisse d'épargne, et non dans les rangs des dissipateurs, que l'on trouve d'ordinaire les bons fils , les bons citoyens, les honnêtes ouvriers. La caisse d'épargne scolaire est l'agent le plus propre à faire contracter les habitudes morales; elle est, en un mot, l'école d'apprentissage de l'honnêteté dans le travail et des vertus fondamentales de la famille.
rieures au franc admis par la caisse d'épargne ordinaire, et la faculté de les déposer sans déplacement, dans l'école même, par les soins de l'instituteur.
» L'écolier peut ainsi sauver de dépenses futiles quelquesuns des sous de poche que ses parents laissent à sa libre disposition.
tt Aussitôt que les sous épargnés atteignent un franc, ce franc est versé à la grande caisse d'épargne par les soins de l'instituteur ; il est inscrit sur un livret ordinaire au nom de l'écolier, qui devient alors un véritable déposant de la grande caisse d'épargne.
« Ainsi, un écolier se formera, s'il le veut, un précieux pécule, et, à l'occasion, ce pécule, comme on l'a plusieurs fois constaté chez les écoliers d'Angleterre et de Belgique, pourrait ne pas être inutile aux besoins de la famille , dans un de ces moments de gêne qu'il faut toujours prévoir , et qu'un enfant économe sera heureux de pouvoir soulager. »