‹ La vie morale et intellectuelle des ouvriersChapitre 12 sur 196 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

le travail industriel, la nécessité du pain quotidien séparent d'êtres chers. Ne souffrent-ils pas de cette séparation, de cet abandon ? Ils sentent bien que le cœur de l'enfant, si impressionnable au mal comme au bien, se détache d'eux, s'éloigne de jour en jour des sentiments de famille; ils ne songent pas sans appréhension à un avenir où le fils, devenu grand, indépendant et dégagé de toute obligation, laissera leur vieillesse abandonnée et insultera peut-être leurs cheveux blancs. Mais que faire? l'école manque ou est éloignée ; on ne peut y conduire l'enfant, il échappe, chemin faisant, à la surveillance, et court l'école buissonnière. C'est là que se place pour les patrons et les chefs d'industrie un grand devoir, celui de faire instruire convenablement les enfants de leurs ouvriers et tous ceux qui travaillent dans leurs ateliers.

On reconnaît l'utilité des mesures législatives adoptées à cet égard par l'Assemblée nationale. La loi a élevé l'âge d'admission des enfants dans les ateliers à douze ans, cage auquel l'instruction élémentaire est le plus souvent acquise; elle a en outre restreint à la demi -journée le travail de l'enfant qui n'aurait point acquis cette instruction, jusqu'à l'âge de quinze ans.

D'après les rapports de M. Maurice, inspecteur divisionnaire du travail des enfants dans le département de la Seine, les bons résultats de la loi du

19 mai 1874 ont été déjà constatés pour les jeunes ouvriers de l'industrie parisienne.

Là où la question de la création des locaux scolaires est encore en discussion au sein des municipalités, beaucoup d'industriels l'ont résolue. Ils ont fondé des écoles adjointes à leurs ateliers pour assurer l'enseignement aux enfants qu'ils emploient. Ces écoles sont désignées sous le nom d'écoles de fabriques.

D'autres industriels se sont entendus avec les maîtres des écoles communales ou des écoles libres pour assurer des classes spéciales, hors des heures réglementaires, aux enfants retenus pendant ce temps dans les ateliers, afin de faciliter à ceux-ci l'accès de Tinstruction.

On a fait plus : on a voulu mettre, dans l'emploi du temps, l'école en harmonie avec la manufacture, l'étude avec le travail industriel. A cet effet, on a établi des écoles de demi-temps. Les heures de classe, dans ces écoles, alternent avec le roulement des équipes de la fabrique. Les enfants occupés le malin vont à l'école le soir, et réciproquement. Grâce à ce système, les jeunes ouvriers ne sont assujettis qu'aune demi-journée de travail dans l'atelier, le reste du temps est réservé à l'instruction; leur intelligence et leur santé y gagnent également.

Citons un exemple à l'appui de cette observation : deux écoles de demi-temps viennent d'être ouvertes

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