CHAPITRE DOUZIÈME
pendieuses, avaient pris toutes sortes de divertissements. »
C'est là malheureusement une vérité devenue banale par l'expérience, que l'hôpital est le terme final de toute existence dissipée ou abandonnée aux influences désordonnées des passions.
De ces passions, la plus terrible, la plus dominante c'est l'intempérance. Elle est la principale, la plus habituelle cause de dissipation des salaires, l'impitoyable pourvoyeuse de la misère. Les orateurs des congrès ouvriers accusent les classes dirigeantes, les lois, l'Etat, la société, du malaise de l'ouvrier; tout, excepté lui-même. Ils dénoncent surtout à son animadversion le capital comme un ennemi. Eh bien ! l'ouvrier a un ennemi plus terrible , on chercherait en vain à le dissimuler, il s'en fait à lui-même l'aveu secret ; cet ennemi, c'est le cabaret.
De son plein gré, l'ouvrier se livre à sa domination. La seule arme qui pourrait l'en défendre, la volonté ; lui manque. La volonté, telle est la seule puissance capable de rendre l'homme honnête, moral et digne, en un mot, de régler sa vie.
Le travail abonde dans les manufactures , le salaire augmente ; à qui donc imputer le malaise ou la misère de l'ouvrier, si ce n'est à sa propre faiblesse ?
Les fatigues de la journée, la recherche du plus prochain lieu de repos à la sortie de l'atelier, les excitations de la camaraderie sont les premières rai-
sons qui conduisent les ouvriers au cabaret. Puis l'habitude vient et pénètre les natures les plus résistantes aux mauvais instincts. La fréquentation du cabaret dégénère alors en besoin, l'homme est livré à l'intempérance jusqu'à ce qu'il tombe à un degré plus bas encore, V alcoolisme. Il ne s'appartient plus, la volonté s'éteint, la force d'action et de direction disparaît, on ne trouve plus en lui que la brute titubante que l'on heurte dans la rue. S'il travaille, il le fait machinalement, uniquement pour gagner le salaire nécessaire à la satisfaction de sa passion abrutissante; il y pense constamment, ne vit que dans ce but. S'il est en famille, ou il abandonne femme et enfants, ou, chose pire encore, il transporte chez lui un funeste exemple ; ses habitudes corrompent ceux dont il est entouré et désorganisent bientôt tous les liens d'union, de respect et d'affection de la famille.
Les habitudes d'intempérance ont malheureusement fait depuis vingt ans de grands progrès au sein des populations ouvrières. Les régions du Mord et du Centre sont particulièrement sujettes à leurs pernicieuses influences. Pour être juste, il convient de remarquer que l'usage des boissons spiritueuses s'impose aux ouvriers. Cet usagen'est pas seulement nécessité par les efforts du travail, il répond à un besoin qui s'accroît suivant les régions. On doit faire à cet égard la part des influences climatériques.