CHAPITRE DOUZIÈME
en 1868. Aujourd'hui la quantité consommée dépasse 1 million d'hectolitres, abstraction faite des quotités qui échappent aux droits.
Les villes manufacturières figurent pour lamajeure partie dans cet accroissement de l'usage de l'alcool. En 1839, on y évaluait à 8 litres la consommation annuelle d'alcool par adulte ; en 1862, elle s'élevait à 28 litres. On a fait observer, à ce sujet, que le chiffre de la dépense par individu, résultant de cette consommation, était supérieur à celui du pain nécessaire à une personne dans le courant d'une année. Combien donc sa valeur totale représenterait-elle de kilos de pain et de viande ? Il y aurait là assurément de quoi nourrir des milliers de familles indigentes.
Nous ne parlerons pas des années exceptionnelles 1870 et 1871 , où la consommation de l'alcool a été, pendant la durée du siège , d'un usage général . Mais en se reportant à une année normale , celle de 1869, on constate que 130,000 hectolitres d'alcool ont été soumis à Paris aux droits d'octroi : en enrépartissant la consommation sur une population de 1,900,000 âmes, on aurait un résultat de 6 litres 84 par tête. Cette répartition comprend les femmes et les enfants ; ramenée par les statisticiens à un chiffre de 300,000 individus adultes, consommant habituellement l'alcool, elle donne pour chacun d'eux une consommation de 43 lit. 33.
A Elbeuf, d'après le rapport de M. Louis Reybaud sur l'industrie de la laine, la consommation de Talcool répartie sur toute la population est de 16 litres environ par tête. Or, si de 19,000 âmes, chiffre de cette population, on déduit les femmes et les enfants, on arrive à un usage effectif de 50 à 60 litres d'alcool absorbés chaque année par les clients du cabaret.
11 est inutile d'insister sur ce que les excès de l'alcoolisme entraînent après eux de folles dépenses, de désordres, parfois même de crimes; ils amènent bien vite à leur suite la misère , la désunion dans le ménage et la désertion du foyer.
La statistique de l'assistance judiciaire, d'après une curieuse remarque de la chambre de commerce de Bordeaux, offre à cet égard de tristes enseignements : plus de la moitié des affaires qui sont soumises aux conseils d'assistance, dans les grands centres industriels, ont pour objet des demandes en séparation de corps formées par des femmes d'ouvriers, à la suite de violences et de querelles qui ont été la conséquence de l'ivresse du mari.
A Lyon, l'abus des liqueurs fortes et le chômage du lundi amènent un résultat analogue. «Les chefs d'ateliers ou pères de famille qui cèdent à ces habitudes font incontestablement, dit la chambre de commerce de Lyon, de mauvais ménages. «
Les habitudes d'intempérance ne jettent pas seu-