CHAPITRE DOUZIÈME
lement le trouble dans l'union du ménage et ne portent pas uniquement atteinte à la paix du foyer. Le caractère, la moralité et la dignité de l'homme en sont également compromis. Les statistiques criminelles sont là pour l'attester : les deux tiers des délits ou des crimes sont commis en état d'ivresse.
Les ivrognes tournent contre eux-mêmes leurs propres violences; sur 5,114 suicides; en 1869, la police a constaté que 163 doivent être attribués à des excès accidentels de boisson et 531 à l'ivrognerie habituelle.
L'état mental des individus est profondément atteint par les excès alcooliques. La statistique des aliénés vient à l'appui de cette observation. Sur 490 aliénés, admis dans les maisons de santé de Paris dans le cours d'une année, 257 s'étaient attiré cette maladie par l'intempérance.
Le patriotisme ne s'afflige pas moins que la morale au spectacle honteux de l'ivrognerie. Si, d'une part, ce vice entraîne à sa suite la perversion des âmes, de l'autre il produit la décroissance de la race. Les contingents militaires portent la marque profonde de cette dégénérescence. Parmi les enfants jetés dans la vie par un caprice de l'ivresse, la mortalité est effrayante. S'ils échappent à la mort dans le premier âge, leur constitution reste faible et maladive. Les habitudes d'intempérance des mères, celles que les enfants contractent eux-mêmes dans
les ateliers d'une manière précoce , achèvent la destruction des forces vives des populations industrielles. L'ivrognerie est le minotaure qui dévore les jeunes générations ouvrières.
Les malheurs qui ont accablé la France et attristé toutes les âmes n'ont malheureusement corrigé personne. L'intempérance, quand elle a pénétré dans les habitudes de l'homme et qu'elle est entrée dans le fonctionnement de sa vie, frappe d'impuissance les plus généreuses intentions, paralyse les bonnes résolutions, énerve le sentiment du devoir. On eût dû en France se recueillir, méditer sur les cruelles leçons de la fortune, réformer les mœurs, relever les caractères pour préparer à l'avenir du pays de meilleures destinées. Mais hélas ! les habitudes sont prises, contractées au temps de la prospérité matérielle; les volontés fléchissent sous elles, les hommes du présent s'en sont faits esclaves. On n'a donc rien à attendre d'eux; appelons-en à l'éducation de la jeunesse et au secours des lois.
Un cri d'anathèmc s'élève partout, dans l'enquête de 1872-1875, contre le nombre sans cesse croissant des cabarets et la tolérance extrême accordée à l'ouverture des débits de boissons. On voit là pour la jeunesse une cause de perversion et pour l'ouvrier adulte une incessante excitation aux habitudes de dissipation et d'intempérance.
A Bordeaux, la principale cause de désordre