‹ La vie morale et intellectuelle des ouvriersChapitre 116 sur 196 · CHAPITRE DOUZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIEME

vient, d'après les plaintes de la chambre de commerce*, du nombre excessif des cafés ou cabarets et des habitudes pernicieuses qui en découlent. Cependant les ouvriers faisant le lundi y sont une exception; ils sont généralement mal notés dans les ateliers où ils travaillent. La fréquentation des cafés fait donc là moins de mal par les effets^ de l'intempérance que par les habitudes d'oisiveté qui éloignent de toute occupation sérieuse et dégoûtent du travail.

A Lyon, l'obstacle au progrès moral est le même; le nombre des cabarets, suivant l'avis de la chambre de commerce, et des lieux de séduction où l'ouvrier trouve facilement à dissiper son salaire, est malheureusement trop considérable. Il en est de même dans toutes les villes de fabriques.

Les tableaux statistiques de l'administration des contributions indirectes prouvent d^ailleurs la progression effrayante des débits de boissons : leur nombre était, en 1829, de 297,812 ; en 1850, de35(),424 ; il est aujourd'hui, grâce à une tolérance extrême pour l'ouverture des débits nouveaux, de 372,951. Ces chiffres donnent une moyenne d'un cabaret ou café pour 102 habitants. Dans certains centres industriels, la proportion du nombre des débits est de 1 pour 40 à 50 habitants. Peut-on mieux mettre le poison à la portée de toutes les lèvres ?

^ Archives parlementaires : Enquête 1872-1875.

Dans les pays voisins, de nous la droportion des cabarets est beaucoup moindre. En Angleterre, par exemple, pays d'ivrognerie, la moyenne est d'un débit seulement par 150 habitants.

Disons-le donc, l'administration française est responsable de l'accroissement excessif des débits de boissons, partant de ses suites morales. A l'esprit de tolérance se mêle l'esprit de fiscalité ; on croit servir les intérêts du Trésor en facilitant la consommation d'un produit qui donne à l'impôt ses résultats les plus considérables. On oublie qu'en favorisant Tabus d'une liqueur destructive de la santé, de la constitution de l'homme, des forces de l'ouvrier, on enlève au travail national, à l'industrie, à la prospérité du pays son plus puissant levier d'action. On oublie encore qu'en favorisant les moyens de démoralisation privée et l'affaiblissement des mœurs publiques, c'est au caractère, à la dignité, à la grandeur même de la patrie que l'on porte atteinte.

Il ne faut point accuser les lois , elles sont suffisantes, rigoureuses même. Le décret du 6 novembre 1852 en est la preuve. L'administration est armée; qu'elle agisse, c'est son devoir.

On a ajouté d'ailleurs à l'arsenal législatif un nouveau moyen de répression : la loi sur l'ivresse votée, en 1873, par l'Assemblée nationale. Les dispositions en sont précises : elles atteignent succès-

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