CHAPITRE DOUZIÈME
sivement les individus trouvés en état d'ivresse manifeste dans les rues, chemins, places, cafés et autres lieux publics ; la peine, en cas de récidive, peut aller jusqu'à un mois d'emprisonnement. Ces prescriptions atteignent également les cafetiers, cabaretiers et autres débitants qui laissent les consommateurs boire jusqu'à l'ivresse, ou donnent à boire à des mineurs âgés de moins de seize ans ; elles frappent aussi ceux qui les accompagnent dans les débits de boissons. Ainsi tout est prévu, la loi est complète, elle est affichée partout, rien ne peut échapper aux mailles étroites de ses sévérités : le tout est de l'appliquer. Donc, à l'administration, à la justice à veiller à l'exécution. ..'si l'usage et les mœurs, plus forts que les lois, n'y mettent obstacle.
Aux moyens coercitifs s'ajoutent les moyens de persuasion et de propagande morale propres à ramener à la sobriété et à la tempérance.
En Amérique, en Angleterre, en Irlande, l'initiative privée a formé de nombreuses sociétés de tempérance. Hàtons-nous de le dire, à l'honneur de notre pays , la nécessité de mesures préventives de l'intempérance se fait beaucoup plus sentir encore chez ces nations qu'en France ; le mal y est beaucoup plus étendu. A Londres, dans les, gin-palaces, à chaque heure du jour, et particulièrement le soir à l'éclat du gaz, on voit se presser une population famélique d'ouvriers, de misérables de tous genres ,
poussés là par la puissance d'un vice irrémédiable , l'alcoolisme.
Le pain manque à ces êtres amaigris et misérables; le besoin de la nourriture se fait à peine sentir chez eux; ils n'ont qu'une pensée, qu'un instinct, détruire hâtivement, complètement, parles fumées de l'alcool, jusqu'au sentiment de leur existence et avec lui le sentiment de leur misère. On s'attriste surtout à voir ce vice fatal n'être pas moins répandu chez les femmes de la classe ouvrière que chez les hommes. Il est facile d'en juger par le nombre de celles qui fréquentent ces temples de l'abrutissement et de l'immoralité. Des enfants attachés à la robe de leur mère sont même amenés là par elles et s'habituent à une précoce dégradation.
Aux États-Unis, le vice de l'ivrognerie a pris une telle proportion qu'un mouvement de révolte s'est produit contre ses excès dans toute la partie saine de la population. L'ardeur d'une juste cause est allée fort loin : une ligue, dans certains États, s'est formée entre les femmes pour arracher leurs maris ou leurs fils à l'abrutissement des tavernes et faire fermer ces établissements. La coalition est devenue menaçante : dans plusieurs villes de fabriques, les femmes s'assemblaient sur les places; puis, joignant Faction aux paroles, elles parcouraient Us rues et s'arrêtaient devant chaque |cabaret, tantôt chantant des psaumes pendant de longues heures