‹ La vie morale et intellectuelle des ouvriersChapitre 118 sur 196 · CHAPITRE DOUZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIEME

pour lasser la patience des buveurs , tantôt pénétrant dans Tintérieur des salles et couvrant d'invectives le tavernier ou les pères indignes qui dévoraient là le pain de leur famille. La police a dû intervenir pour mettre fin à ces scènes de désordre où la moralité de l'intention ne pouvait être une suffisante excuse àl'étrangeté des moyens de réforme.

Quoi qu'il en soit, on voit là la preuve de l'étendue du vice de l'ivrognerie chez des nations que l'on propose trop souvent à notre imitation. La création des sociétés de tempérance tente, dans les pays les plus adonnés à l'ivrognerie, d'élever une digue contre ses progrès. C'est une ligue de bonnes résolutions, de bons exemples, de généreux efforts que l'on oppose, trop souvent, hélas! sans efficacité, au spectacle de défaillances et de désordres sans nombre.

L'Irlande , l'Angleterre et l'Ecosse comptent ensemble 850 sociétés de tempérance comprenant 1,640,000 adhérents.

L'intempérante Allemagne présente un contingent de 1,300,000 membres des sociétés de tempérance ; — presque autant que d'affiliés à ses sociétés secrètes ou à ses sociétés de buveurs.

Le Canada et les divers États de l'Amérique du Mord comptent 950 sociétés et 370;000 adhérents. On évalue aux Etats-Unis à 3,615,000 les propagageurs de la tempérance.

Partout ces chiffres sont en rapport portionnel avec l'intensité du fléau de Fivrognerie ; on peut juger à leur importance des ravages qu'il cause chez les différentes nations.

On a mieux fait en Amérique ; on a créé des maisons de santé spéciales, ouvertes aux incorrigibles de l'ivrognerie qui ont la bonne volonté de tenter la cure de leur maladie. Ce mal est considéré comme ayant un caractère en quelque sorte contagieux, et Ton isole ses victimes. En Suisse, le gouvernement de Neufchâtel a provoqué la création d'un établissement du même genre.

La bienfaisance a tenté les mêmes œuvres en France. Villermé constatait, en 1828, l'existence d'une société de tempérance à Amiens; les résultats en furent insignifiants. Un nouvel essai vient d'être fait à Paris à la suite de l'adoption de la loi de l'ivresse : une société s'est constituée, sous les plus honorables patronages ; elle n'a point encore subi l'épreuve de l'expérience.

Nous ne voulons décourager aucun effort, mais il nous est impossible de le dissimuler : nous croyons peu à l'efficacité en France des sociétés de tempérance. Le vice de l'ivrognerie n'a point encore fait de tels ravages au sein de nos laborieuses populations, que ces moyens préventifs y soient nécessaires. Le vice reste attaché aux individus, il n'a pas gagné les masses.

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