CHAPITRE XIII
Le chômage du lundi. — Le respect du dimanche. — Le rangement de l'atelier. — L'opinion des ouvriers belges. — La loi et l'exemple.
Parlons maintenant d'un auxiliaire inséparable des habitudes d'intempérance, s'il n'en est même le générateur : le chômage du lundi.
L'ouvrier économe, rangé, respecte le dimanche, en fait un jour de repos physique et de délassement moral; il relève ce jour-là vers la lumière du soleil son front penché durant la semaine entière sur le travail obscur et matériel. Il prend sa part des joies saintes qui fortifient les courages en ramenant l'homme , aux heures de la méditation et de la prière, vers le sentiment et les espérances de ses destinées éternelles.
L'ouvrier dissipateur commence le plus souvent le dimanche les excès quMl continuera le lundi. Il fuit la famille pour satisfaire en égoïste ses goûts de plaisir ou se livrer à de brutales passions. Le lendemain, il profite de ce que la femme est retournée à l'atelier, les enfants rentrés à l'école, pour
absorber dans des jouissances grossières la paye de la semaine ; il la dépense souvent jusqu'au dernier centime, sans qu'il en revienne rien au ménage.
Ainsi la moralité de l'ouvrier, son attachement à sa famille, ses sentiments, son caractère peuvent se juger à l'emploi respectif qu'il fait de la journée du dimanche et de celle du lundi. Le chômage de l'un, le repos de l'autre sont l'antithèse de la bonne conduite et du désordre.
On sent par là toute la gravité de la question désignée par les économistes sous ce nom , le chômage du lundi. Examinons-en les principaux caractères :
L'usage du repos du septième jour ou repos dominical est, on peut le dire, aussi vieux que le monde; il a traversé les siècles, les nations et les temps les plus divers ; il s'est étendu des limites de l'extrême Oi'ient jusqu'au fond de l'Occident; il appartient en un mot à l'histoire de la civilisation. Malgré les vicissitudes et les révolutions dont les sociétés humaines ont été tant de fois troublées , cet antique usage subsiste encore au milieu de nous, il y survit avec la même vigueur, le même prestige, entouré d'un inaltérable respect.
Il fautdoncque, dans lereposhebdomadaire, il y ait plus qu'un usage du passé, plus même qu'une prescription religieuse. Cela n'eût peut-être pas suffi pour le faire survivre à l'indifférence de notre