‹ La vie morale et intellectuelle des ouvriersChapitre 122 sur 196 · CHAPITRE TREIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIÈME

tique à la fois par l'attachement même deTourrier à sa famille, dont il entend jouir à son jour, et par Tintérèt de sa culture morale , dont il ne fait point mépris.

Les lois sur le travail des enfants dans l'industrie garantissent avec raison le repos hebdomadaire du dimanche aux enfants employés dans les ateliers et manufactures. La loi du 19 mai 1874 a apporté à la législation précédente d'importantes améliorations sur ce point. Ainsi l'enfant ne peut plus être occupé le dimanche matin au rangement de V atelier. Cette pratique était le plus souvent l'emploi de l'enfant au ménage de la maison, c'est-à-dire à un travail servile, contraire à la fois à ses goùls, à sa dignité, à la loi du contrat d'apprentissage et aux sentiments de la conscience. Le législateur a eu grande raison de fermer cette fissure par où passait l'abus.

Les femmes se montrent très-soucieuses de l'observance du repos dominical. Elles y trouvent la facilité d'obéir aux prescriptions religieuses qui leur sont chères, de mettre dans leur ménage l'ordre nécessaire, enfin, grâce à la liberté et aux loisirs du dimanche, de prendre encore, loin de l'atelier, quelques heures de délassement et de distraction.

C'est donc la famille entière qui, le dimanche se trouvant libre du travail, peut ainsi resserrer ses

liens d'affection , d'union , d'intimité morale. Sans

ce jour de ralliement des joies et des devoirs communs, la famille ne pourrait véritablement exister. Comment en effet méconnaître combien ses sentiments et ses liens les plus étroits sont profondément relâchés durant la semaine par la séparation et la dispersion résultant, dans les ménages d'ouvriers les mieux unis, des conditions du travail industriel?

Ce sont des heures de fête, de paix, de mutuelle tendresse que le dimanche rend à des milliers d'esclaves du travail quotidien. Les promenades ensemble, les lectures de famille, l'accomplissement commun des devoirs, le repas à la même table sont autant de joies pieuses que ce jour béni réserve à ceux auxquels le travail de l'atelier enlève dans la semaine les plus douces satisfactions de la vie.

On s'est préoccupé, avec juste raison, de former des institutions propres à habituer la jeunesse ouvrière à une observation régulière et à un emploi moral du repos hebdomadaire.

Quand les enfants ont appris à tirer du dimanche, par l'étude et les délassements honnêtes, le [meilleur et le plus utile profit, ils continuent plus tard, devenus maîtres d'eux-mêmes, à suivre les habitudes acquises et à marcher dans le même chemin.

Des sociétés de patronage se sont donc créées pour développer chez les enfants le goût du bon emploi du dimanche. On a institué dans de grandes industries

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