‹ La vie morale et intellectuelle des ouvriersChapitre 123 sur 196 · CHAPITRE TREIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIÈME

des bibliothèques, des écoles du dimanche, des cercles, même des gymnases, des instructions morales où la jeunesse se forme à l'utile emploi de ses loisirs.

Ceux qui, de bonne heure, ont appris à prendre le dimanche le chemin de l'église ou de Fécole restent plus tard fidèles, dans l'âge de l'indépendance, à cette pieuse tradition; ils inspirent à leur tour à des générations nouvelles le respect de pratiques conformes à l'instruction et à la moralisation de la famille.

Ce n'est point seulement à l'enfant que la bienfaisante propagande du respect du dimanche s'adresse ; les industriels ont aussi le souci d'occuper ce jour-là les loisirs des ouvriers d'une manière digne et morale, de les détourner du cabaret et des habitudes de dissipation ou de débauche. Des cours d'adultes ont été organisés, des bibliothèques spéciales ont été ouvertes , des conférences ont été mises à leur portée. Les cercles ouvriers sont venus à leur aide. Ce n*est point seulement la lecture et l'instruction que l'on offre là aux ouvriers, mais encore des distractions physiques; les jeux d'adresse, la gymnastique y mêlent la récréation active à l'étude. Dans ces réunions, l'ouvrier trouve un attrait particulier, il s'y sent honoré, moralement relevé à ses propres yeux ; elles ont une double valeur, par la pensée philanthropique qui les in-

spire, autant que par la sagesse et le bon sens de ceux qui les fréquentent. L'éducation morale de Tenfant en propage le goût. On ne saurait trop revenir sur ce point : si, dans la transition difficile de Tàge de raison à la jeunesse libre et indépendante, l'adulte dirige ses préférences vers les délassements utiles et les distractions sérieuses, fréquente les bibliothèques, les conférences, les musées, les cours techniques ; s'il préfère l'épanouissement de la vie libre, une atmosphère de soleil, de lumière et d'air en pleine campagne, aux plaisirs grossiers et malsains du cabaret, il est probable que, l'esprit nourri d'éléments substantiels et le cœur pénétré de bons sentiments, il aura appris, pour sa vie entière, à allier les passe-temps honnêtes aux nobles joies de l'intelligence.

Le repos du dimanche a pour conséquence directe la reprise régulière et énergique du travail, le lundi. Le mauvais emploi de cette journée, soit par l'abus du travail, soit par la dissipation et l'intempérance, entraîne fatalement le chômage du lendemain.

Les ouvriers de la grande industrie pratiquent peu le chômage du lundi. Les chefs d'usines ont intérêt à s'en défendre, beaucoup se montrent sévères sur cette prohibition ; ils n'hésitent point à congédier un ouvrier qui manquerait à l'atelier plusieurs lundis de suite. Dans beaucoup d'indus-

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