CHAPITRE XV
La condition morale des femmes dans l'industrie. — Le contingent des ouvrières. — L'influence de la moralité des ouvrières sur le taux des salaires. — Le travail des communautés religieuses, des ouvroirs et des prisons. — L'atelier de famille.
On s'est plu tantôt à exagérer, tantôt à amoindrir le rôle de la femme dans la société moderne. Pris à sa juste mesure, ce rôle, on ne peut le nier, s'accentue chaque jour davantage. Au sein des familles ouvrières, il est prépondérant. Dans les ménages d'ouvriers, rangés et honnêtes, le mari apporte ses salaires pour les charges communes. La femme gouverne, dirige et épargne. Elle est là le pôle d'attraction, le centre d'union, la force d'action; tout rayonne autour d'elle; sans elle plus de foyer, plus de liens entre le père et les enfants. La mère est l'àme de la famille.
Dans les ménages où le mari est ivrogne et dissipateur, la femme représente le devoir; sa vie est douloureuse, mais sa tâche est immense; elle nourrit et élève les enfants. On ne sait pas de quelle
énergie, de quelle force morale , de quel héroïsmesont capables ces femmes dont l'existence est un long martyre.
L'industrie ne fonde aucune entreprise considérable, ni durable, sans le concours des femmes. Ce n'est point seulement avec le nombre des ouvrières qu'elle a à compter, ni avec la nécessité d'employer les bras dont le salaire est moins onéreux ; le succès des entreprises industrielles dépend encore de l'influence morale de la femme sur l'ouvrier, de la direction de la mère sur l'éducation des enfants. Ainsi l'avenir de la production manufacturière est intimement lié à la condition matérielle, comme k la condition morale et intellectuelle des femmes el des mères d'ouvriers.
A un point de vue plus général, le sort de la femme, vouée à la peine et aux rudes labeurs dans les sociétés primitives, s'abaisse ou s'améliore suivant le degré de civilisation des peuples et le relèvement progressif de la condition des populations laborieuses. Si bien que l'on jugerait sûrement, par la mesure du bien-être dont jouissent les femmes des familles ouvrières et le respect dont elles sont entourées, de l'avancement moral et de la prospérité d'une nation.
Quel est le sort actuel des ouvrières, soit dans leur condition personnelle, soit dans leurs rapports avec la famille et la société?