CHAPITRE QUINZIÈME
On compte en France un nombre considérable de femmes et de jeunes filles travaillant comme ouvrières, soit chez elles, soit dans les manufactures.
A Paris, sur une population féminine de 924,568 âmes, on compte 13,91 8 jeunes filles de 18 à 19 ans et 12,937 jeunes filles de 19 à 20 ans. Plus de la moitié sont occupées dans des ateliers, et un nombre plus difficile k préciser, travaille à domicile.
Les industries employant en France le plus de femmes sont les fabriques de tissage de la laine et de la soie, les filatures, les nioulinages , les fabriques d'indienne et de toiles peintes, les fabriques de lacets, les manufactures de tabacs de l'État, les préparations de la sardine et du hareng dans les villes des côtes, les conserves alimentaires, etc.
A Paris, des industries multiples occupent les ouvrières en atelier. On cite spécialement les industries : du cartonnage ; des bijoux de doublé, d'acier ou de jais; celle des fleurs artificielles, et tous les menus objets de luxe connus sous la dénomination générale à' articles de Paris,
Les magasins de couture , de confection , de chaussures et autres se rattachant à la fabrication du vêtement fournissent des salaires à un nombre fort important de femmes travaillant à domicile. Les blanchisseuses, brodeuses, couturières en robe, culottières, dentellières, giletières , lingères , mo-
(listes, piqueuses de bottines représentent dans la population ouvrière de Paris un chiffre de 105,000 âmes.
Le travail des femmes occupe, on le voit, une large place dans l'industrie nationale.
La rémunération du travail féminin n'est cependant point en rapport avec l'étendue de sa production. La plupart des ouvrières ont à résoudre un difficile problème : celui de vivre avec 250 ou 300 francs de ressources annuelles. Ce problème est d'autant plus gros d'incertitude et de perplexité que l'accroissement du salaire, quoiqu'il ait été assez sensible dans ces dernières années, ne s'est élevé que de 17 pour 100 en vingt ans; tandis que le prix des subsistances augmentait, pendant la même période, de 45 pour 100. Des milliers de femmes et de jeunes filles se trouvent ainsi condamnées à végéter dans les plus dures conditions d'existence.
La femme, dans les sociétés humaines, est sans doute assujettie, comme l'homme lui-même, à l'universelle et immuable loi du travail. Cependant la nature, par la faiblesse même de sa constitution, semble indiquer le genre d'occupations auquel elle l'a prédestinée; ce sont les ouvrages de patience, d'adresse et d'imitation. Des aptitudes naturelles la tournent également vers les soins du ménage, le commerce, les travaux délicats de l'aiguille, de la plume et du pinceau. Par une faveur providentielle
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il semble que la femme, appelée à concentrer au foyer la vie d'association et d'affection de toute la famille, ait reçu en même temps un don pailiculier et une supériorité marquée pour les travaux utiles à la communauté familiale. Elle excelle dans tous ceux qui se concilient le mieux avec les exigences d'un régime sédentaire.
Les transformations de l'industrie et l'ardeur de la concurrence ont malheureusement dénaturé le rôle imparti primitivement à la femme dans la division du travail collectif de la famille humaine. On est ainsi arrivé à enlever la femme au foyer , l'épouse au mari, la mère aux enfants, pour en faire VouvrièrCy c'est-à-dire l'esclave asservie à la puissance des moteurs mécaniques; v.V ouvrière, mot impie et sordide, selon une éloquente parole de Miclielet, qu'aucune langue n'eut jamais, qu'aucun temps n'eût compris avant cet âge de fer ! »
Les nouvelles lois économiques de la production offrent, il est vrai, aux ménages pauvres un double avantage : d'une part elles offrent aux femmes un salaire qui vient en aide à la vie commune, de l'autre elles abaissent le prix des objets de consommation à une valeur accessible aux petites bourses. Les dures exigences du travail industriel n'en entraînent pas moins après elles une conséquence fatale et funeste, celle d'éloigner la femme de son foyer pour l'enrégimenter dans les brigades de l'u-
sine. Ainsi , elles la détournent de son aptitude naturelle aux travaux du ménage et avilissent la rémunération du travail à domicile.
Vers 1840, d'aprèsVillermé, la rétribution moyenne des ouvrières des tissages des cotons ne dépassait pas un franc et ne s'élevait qu'exceptionnellement audessus. Une faible progression est relevée, en 1863, par M. Louis Reybaud. D'après les chiffres de son enquête sur l'industrie de la laine et de la soie, le taux des salaires des femmes dans ces industries variait alors de 1 franc à 1 franc 25 et s'élevait exceptionnellement à 1 franc 75 et 2 francs 75. Or, ce dernier chiffre devient aujourd'hui de l'exception la règle. D'après les indications recueillies d'un autre côté par M. Dolfus, le salaire des ouvrières dans le tissage mécanique était en 1860 de 1 franc 75 ; il est actuellement de 2 francs à 2 francs 25. Ces chiffres se corroborent l'un l'autre. Il en résulte que dans le groupe des industries textiles la rémunération moyenne des femmes est aujourd'hui de 2 francs par jour. C'est l'aisance relative pour l'ouvrière des manufactures.
Le chiffre de salaire obtenu par les ouvrières à domicile est beaucoup moins satisfaisant : son taux général en France est en moyenne de 1 franc. La journée de ces ouvrières est en outre plus prolongée que dans les manufactures.
La faute en est à l'immense concurrence que se