CHAPITRE QUINZIÈME
(font entre elles, à leur insu, les ouvrières à domicile ; à rimpossibilité où elles se trouvent de résister, dans leur isolement, à la dépréciation de leur maind'œuvre. Une autre cause de cette défaveur du travail à domicile est le risque que court le patron sur l'exactitude de la production et l'emploi utile de ioule la matière première.
La question des salaires, où se mêle tant de passion, de préjugés et d'erreurs, rencontre, quand il s'agit de l'ouvrière, un accord général dans un sentiment d'humanité. L'insuffisance du salaire des ïejames est manifeste aux yeux de tous. L'ouvrière est, «on l'a dit non sans raison, la victime de cette grande révolution que notre siècle voit s'accomplir par les transformations de l'outillage et l'immense accrois- ■sement delà production manufacturière. Cette révolution , dont les civilisations modernes tirent tant ■d'utilité et d'éclat, fait naître aussi de lourdes responsabilités et de cruelles inégalités sociales.
Quelques industries de luxe, la confection, les 'fleurs, la peinture de l'éventail traitent mieux leurs ouvrières occupées à domicile ou en atelier. Un salaire de 3 francs à 3 francs 50 leur est offert dans ces industries. Les dentellières à la main de toute la région du Centre ne gagnent pas moins de î2 francs 50 par jour en s'appliquant régulièrement à leur travail pendant une journée moyenne.
A côté de la rémunération du travail, sa sécurité :
348 LA VIE MORALE El L\TELLECTUELLE DES OUVRIERS.
question non moins grave. Le travail des manufactures garde là encore l'avantage; il est moins sujet aux chômages. Dans toutes les régions où existe une industrie employant les femmes, le travail est facilement offert au plus grand nombre d'entre elles et l'interruption en est rare ; ce travail étant beaucoup moins recherché que le travail à domicile.
Faut-il trouver là l'explication d'un fait relevé par l'enquête de la chambre de commerce, en 1860? les ouvrières diminuent dans les industries parisiennes. Chose digne de remarque : à la diminution du nombre des ouvrières à Paris, correspond une progression sensible du nombre des ouvriers. On comptait, en 1847, 112,891 ouvrières dans l'ancienne enceinte de Paris; en 1860, Paris étendu jusqu'aux fortifications n'en renfermait plus que 1 05,410, ce qui accuse une diminution de 6 pour 100.
La décroissance du contingent des ouvrières n'est point, il est vrai, aussi sensible dans le dernier recensement. D'ailleurs, il s'est produit, depuis 1870, une diminution générale de la population dans Paris, qui a réduit le nombre de ses habitants de 2 millions, chiffre antérieurement constaté, à 1,851,782. Cette réduction porte principalement sur les classes laborieuses et sur la population masculine.
On a attribué la dépression du contingent des ouvrières à l'accroissement du salaire des hommes et