CHAPITRE PREMIER
années précédentes pour l'obtention des certificats d'instruction primaire. Ces certificats sont particulièrement réclamés par les enfants d'ouvriers. Dans l'arrondissement de Sceaux, le nombre en a augmenté dans la proportion de 30 pour 100, On attribue généralement cet accroissement de la constatation des aptitudes scolaires aux exigences spéciales de la loi du 19 mai 1874 sur la justification de l'instruction.
Ces résultats montrent tout à la fois combien l'on a peu fait jusqu'à ce jour pour l'instruction des enfants d'ouvriers, combien il est facile de faire beaucoup dans cette voie. Ils attestent également ce que peuvent, pour le progrès de l'enseignement au sein des populations ouvrières , les œuvres de l'initiative privée elles bonnes intentions des industriels secondées et dirigées par l'influence des lois.
On le comprend, en général, dans notre société moderne, c'est un devoir de premier ordre de protéger l'enfant, d'élever son intelligence, d'éclairer son âme. Une grande responsabilité pèse à cet égard sur les tuteurs naturels de la jeunesse : sur le père d'abord, et, par une inévitable substitution d'autorité, sur le patron. Suivant une noble pensée de Cbanning, «si on laisse grandir l'enfant dans l'ignorance complète de ses devoirs, de son Créateur, de ses rapports avec la société, si on le laisse grandir dans une atmosphère d'impiété etd'intempérance,
dans l'habitude du mensonge et de la fraude, quela société ne se plaignepasdu crime qu'il commettra. Elle est demeurée tranquille spectatrice et Fa vu d'année en année s'armer contre l'ordre et la paix publique : quand il frappe le dernier coup, quel est donc le coupable? Prendre soin des ignorants et de ceux qui sont exposés aux tentations, c'est l'un des premiers devoirs de la société. "
Cette pensée ne montre pas seulement d'une manière éclatante les avantages que la jeunesse d'un pays et la nation elle-même ont à retirer du développement de l'instruction publique, elle fait ressortir en même temps le caractère moral qui doit lui être imprimé, si l'on veut en recueillir tous les fruits.
Apprendre à lire et à écrire, c'est quelque chose sans doute, si l'on s'en tient aux services journaliers que peut rendre à l'ouvrier, au négociant, au chef d'atelier, la facilité de recevoir une commande, de faire lui-même sa correspondance, d'arrêter un compte ou de fixer des détails qui échapperaient à sa mémoire. Cela n'est rien si l'on ne se borne pas à envisager le côté mécanique ou matériel de Tinstruction et que l'on en recherche le côté élevé, moral, humain; celui par lequel elle exerce sur l'esprit et sur le cœur ses influences les plus salutaires.
Pour attribuer à l'instruction ce caractère, il faut que le goût de l'étude ne pénètre pas seulement dans l'intelligence, mais encore dans les habitudes