‹ La vie morale et intellectuelle des ouvriersChapitre 15 sur 196 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

quotidiennes de la vie. La plupart des enfants, en quittant les bancs de l'école, s'en réjouissent comme d'une délivrance. Ceux-là ont peu appris, ils oublieront vite, on en peut être assuré; ils se dégoûtent des livres et rivent à jamais dans l'ignorance et le mépris de la culture intellectuelle. L'école ne doit être que l'apprentissage de l'étude ; il faut qu'elle sacbe en inspirer à l'enfant l'attachement, l'attrait, et non la répugnance; car, selon qu'elle aura provoqué en lui l'un ou l'autre de ces sentiments, c'est le goût ou la répulsion pour l'instruction qui le suivra dans toute sa carrière.

Or, de tous côtés les meilleurs esprits dénoncent le régime pédagogique de nos écoles comme peu fait pour inspirer aux enfants l'amour de l'étude. M. Michel Chevalier le fait observer avec l'autorité de sa haute expérience :

« On tient les enfants renfermés dans un endroit étroit, rendu malsain par l'encombrement; à un âge où le mouvement est une nécessité, on les contraint de rester assis sur un banc pendant je ne sais combien d'heures, ce qui leur est absolument insupportable. Cela fait regarder l'école comme un supplice et inspire contre l'instruction et l'étude une répugnance qui dure toute la vie. »

Ces mauvaises conditions du régime pédagogique en France appellent une prompte réforme. Ce n'est pas seulement un meilleur aménagement des locaux

scolaires qu'elle exige. On doit mieux approprier aussi renseignement au tempérament de la jeunesse ; mêler au travail intellectuel des exercices et des manœuvres qui apportent à l'esprit quelque distraction et rendent au corps l'action physique comprimée par un trop long stationnement sur les bancs de la classe.

En Angleterre, une enquête a été faite, il y a peu d'années, sur les effets du régime scolaire ; on y a constaté l'avantage , même au point de vue de l'instruction, de réduire de moitié le temps que les enfants passent à l'école. A cette époque, tous les enfants du Royaume-Uni séjournaient 36 heures par semaine dans les écoles, soit 6 heures par jour. L'enquête démontra les inconvénients de ce sédentarisme excessif tant pour la santé que pour le développement de l'intelligence des enfants. Ces constatations amenèrent bientôt après une réforme. On réduisit à dix-huit heures par semaine la réclusion scolaire de la jeunesse anglaise.

A un autre point de vue, la partie matérielle de l'enseignement, l'exercice mécanique de la lecture et de l'écriture, ne doit point prendre dans les écoles une importance exagérée, sous peine d'entraver le libre développement des facultés intellectuelles de la jeunesse; à plus forte raison ne doit-elle pas absorber le temps nécessaire à sa culture morale. Les intelligences grandissent, les caractères s'élèvent,

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