‹ La vie morale et intellectuelle des ouvriersChapitre 140 sur 196 · CHAPITRE QUINZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUINZIÈME

nières années, subi un temps d'arrêt facilement imputable à nos malheurs, suivis de crises inévitables qui ont ralenti l'essor de la production industrielle '. La moyenne du salaire serait moins favorable encore aux femmes occupées exclusivement à domicile. La rémunération des ouvrières de la grande industrie présenterait, au contraire, une proportion plus élevée. Ainsi les femmes employées dans les houillères du Nord au criblage des charbons (à Anzin notamment), gagnent 1 fr. 50 c. et même 2 francs de salaire par jour.

;■ Le salaire des ouvrières reste au surplus, dans les

Prix de journée moyens des femmes à Paris :

Profesnions. En 1840. En 1853. En 1860. En 187-2.

Lingères 0^90 1^50 1^75 2'^

Corsetières. 1 » 1 50 2 •> 2 s

Couturières en robes. ... 1 25 1 75 2 » 2 s

Brodeuses 1 50 2 . 2 n 3 »

Dentellières 1 50 2 30 2 50 3 .

Piqueuses de bottine-^. . . 1 50 2 50 2 » 3 t>

Fleuristes 1 50 2 50 2 25 3 ^

Blanchisseuses 2 > 2 50 2 50 3 '^

Gulottières 1 75 2 50 2 75 4 t.

Moyennes 1 43 2 12 2 20 2 78

* Dans la spécialité la plus nombreuse, la couture et le vêtement, le salaire moyen des ouvrières est évalué, pour les départements, à une moyenne générale de 1 franc 45 par jour. A Paris, on fixe cette moyenne, pour les mêmes ouvrières, à 2 francs 75 par jour. Ces salaires ont, depuis l'année 1853, dans une période de vingt années environ, profité d'un accroissement de 38 pour cent dans les départements et de 31 pour cent à Paris.

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mêmes industries, sensiblement inférieur à celui des ouvriers , quoique dans quelques-unes leur travail produise des services identiques , quelquefois supérieurs.

Tel est, sous son aspect général, le bilan du salaire des femmes. Comment le mince budget de l'ouvrière peut-il être, dans de telles conditions, mis en équilibre? Les besoins matériels de la femme peuvent, à la vérité , être considérés comme inférieurs à ceux de riiomme. Une moindre dépense dans la nourriture, le loyer, les charges générales de la vie leur rend moins âpre la peine de vivre avec 2 francs par jour. Mais l'entretien, on ne peut dire la toilette, quand il s'agit d'une si modeste dépense, a des exigences inévitables pour l'ouvrière. La décence de sa mise est le plus souvent une obligation, dans les magasins qui l'occupent, et un bon accueil en dépend parfois. N'a-t-elle pas aussi à supporter la dépense modique en apparence, lourde pour elle , de la lumière et du chauffage quand elle travaille à domicile? Ajoutons, pour être juste, que les souffrances et les privations sont plus dures à supporter quand elles pèsent sur des natures débiles et impressionnables.

Ces difficultés peignent au vif la situation des ouvrières. La question de la quotité du salaire se lie intimement par là à celle de leur condition morale. L'insuffisance du salaire est une cause déter-

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