‹ La vie morale et intellectuelle des ouvriersChapitre 141 sur 196 · CHAPITRE QUINZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUINZIÈME

minante de défaillances. Comment en serait-il. autrement, au milieu des tentations et des séductions auxquelles les ouvrières sont ex{30sées? Combien les difficultés de la vie, l'étreinte du besoin, l'aiguillon de la misère ont-ils poussé de jeunes filles, nées pour vivre pures et honorées, à l'oubli des devoirs et à une chute irréparable ?

Une première faute ouvre une vie de désordre. L'inconduite de la femme devient alors une nouvelle cause de la dépréciation de son salaire. Livrée à la dissipation, inexacte au travail, considérant comme accessoire le profit qu'elle en retire, l'ouvrière consent bientôt à s'engager dans les ateliers à un prix avili. Elle n'a plus d'ailleurs le choix d'entrer dans les fabriques où la rémunération est la plus avantageuse ; celles-là choisissent leur personnes et exigent des conditions plus rigoureuses de moralité.

Si l'on jette un coup d'œil, à la sortie des ateliers,

sur les ouvrières des fabriques, on remarque d'abord des jeunes filles aux allures simples et modestes ; puis des créatures au regard hardi, enflammé parles habitudes de débauche et d'intempérance; derrière elles marchent de pauvres vieilles chétives et blêmes, brisées par la souffrance. On peut parcourir ainsi toute l'échelle delà moralité des femmes dans l'industrie. A voir celles qui portent sur leur front les stigmates du vice et de l'impudeur, on comprend tous les

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dangers que courent, à de tels contacts et Toreille exposée aux plus grossiers propos, les enfants innocentes et pures que les exigences du travail industriel et les nécessités de la vie séparent tout le jour de la tutelle maternelle. On constate ensuite les dégradations qui suivent la première faute, et ses conséquences finales, la misère.

Regardez encore, vous verrez quelques-unes de ces femmes courir à quelques pas de l'usine, aux tavernes où elles dissipent leurs salaires dans des excès que connaissent à peine les ouvriers les plus enclins aux habitudes d'ivrognerie. A Lille, elles ont leurs cabarets à elles, où la seule boisson usitée est Teau-de-vie de grain ou de betterave. A Rouen, la police les ramassait, il y a quelques années encore, à la sortie des bouges des faubourgs, ivresmortes , et les emportait sur des brouettes à la chambre de sûreté.

Le plus fâcheux, c'est que ces défaillances et ces désordres influent sur les conditions générales du salaire des femmes ; ils produisent sur le taux de ces salaires une dépression marquée. C'est là assurément une des causes capitales de la différence si sensible existant entre le salaire des ouvriers et celui des ouvrières; différence que ne suffirait point à expliquer la faiblesse du sexe ou l'infériorité de la main-d'œuvre.

Dans beaucoup d'industries, les femmes montrent

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